Commentaire de marché
Un deal à tout prix ?
Dans le flou actuel de la crise en Iran, ces derniers jours nous ont toutefois délivré une information importante : les deux adversaires privilégient les négociations et ne souhaitent pas d’escalade. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de reprise du conflit mais cela signifie que l’Iran et les Etats-Unis sont prêts à des concessions pour éviter l’irréparable. Ça c’est côté face. Côté pile, la dissonance entre la manière de négocier américaine et iranienne s’est affichée au grand jour et perturbe, retarde, voire compromet - on ne sait plus très bien - les négociations en cours.
Il apparait désormais évident aux yeux de tous que la priorité de Donald Trump est d’arrêter les frais en Iran. Confronté au rejet d’une majorité de son opinion publique, les Américains ne sont que 37 % à soutenir son action, 63% la désapprouvant, Donald Trump a besoin, rapidement, de se sortir du guêpier pour pouvoir se présenter victorieux, ou au moins pas trop amoché, aux élections de mi-mandat. Heureusement pour lui, le président américain souvent présenté comme soumis à son hybris de démesure, n’a pas le défaut de s’entêter. Le roi du deal reste la plupart du temps pragmatique, comme on l’a vu sur les dossiers des droits de douane et plus récemment du Groenland. Quand le rapport de force s’inverse, il change ses plans. Dans l’affaire iranienne, les experts israéliens venus à Washington le 11 février, lui avaient promis l’Iran comme un fruit mûr près à tomber. Il n’en est rien. Le président Trump veut des victoires rapides, des victoires à célébrer, un triomphe à proclamer. Le conflit iranien ne sera rien de tout cela. Dès lors, il convient de partir en limitant la casse. Le problème à ce stade, est que premièrement la partie iranienne a, comme tout le monde, compris les ressorts de la logique trumpienne.
Deuxièmement, le régime se doit d’installer son propre narratif de la victoire du faible sur le fort afin de renforcer son emprise sur le pays, dans la perspective de l’après-guerre.
Les marchés vont ouvrir en baisse ce matin, à 48 heures de la fin théorique du cessez-le-feu et en raison du refus des Iraniens, selon les dernières informations, de se rendre à Islamabad pour un deuxième round de discussions. La baisse semble toutefois devoir rester limitée de même que la progression du prix du pétrole est relativement contenue ce matin (+6% à 95 $ pour le WTI). Les investisseurs font en effet le pari de la négociation. Les marchés retiennent, comme nous, que les deux parties veulent et surtout ont besoin de sortir de ce conflit.
Cette conviction a porté les marchés actions la semaine dernière. Le rallye est impressionnant (voir la rubrique performance des marchés). En deux semaines, les principaux indices actions des pays développés ont retrouvé leur niveau d’avant crise et pour certains, comme le S&P 500 et le Nasdaq, se sont même offerts de nouveaux records. Dans un contexte géopolitique devenu plus favorable, les marchés ont pu compter sur la crainte des investisseurs de manquer le rebond des actions (Fear of Missing Out) mais également sur les rachats des positions vendeuses devenues extrêmement agressives au cours de mars (Voir un lundi sur les marchés du 30 mars). Enfin, les investisseurs ont été soulagés de constater que pour le moment, l’économie américaine semble tenir le choc. Les enquêtes d’activité publiées en avril et couvrant mars ont montré une certaine résistance (on pense à l’ISM des services en baisse de 2 points uniquement à 54). Les données haute fréquence sur la consommation, comme l’Indice Redbook, qui mesure chaque semaine l’évolution des ventes aux Etats-Unis dans les grands magasins, n’a pas dévié de sa tendance avec une progression de 7% sur un an. Ces premières données devront être confirmées, mais pour le moment selon le calcul très suivi, de la banque centrale de Géorgie (Fed d’Atlanta), la croissance américaine au premier trimestre devrait être de 1,3% en rythme annuel.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 17 avril 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 17 avril 2026
Ce qu’il faut en retenir
Acheter au son du canon et vendre au son du violon. Cet adage boursier bien connu s’applique parfaitement à la situation présente sur les marchés. Pour les investisseurs qui auraient eu l’audace d’investir sur les actions, la semaine précédant Pâques c’est assurément un coup gagnant. Depuis le 30 mars, le S&P 500 a progressé 12 séances sur 13, avec un gain de 12,33 %. Pour l’indice Nasdaq composite c’est encore mieux. 13 séances consécutives de progression (un record depuis 1992 !) avec un gain de 17,66 %. En Zone euro, c’est moins bien, mais pas mal quand même avec une progression de 10,09 % pour l’Euro Stoxx 50.
La dynamique en faveur des actions technologiques en général et des valeurs liées à l’intelligence artificielle en particulier redevient progressivement d’actualité avec des progressions impressionnantes cette semaine des stars du secteur (Microsoft + 14 %, Meta + 9,32%, Alphabet +7,25%). Nous sommes rentrés dans la phase de publications des résultats d’entreprises du premier trimestre. 10% des sociétés du S&P 500 ont déjà publié leurs résultats. Parmi elles, 88% ont publié des résultats au-dessus des attentes en moyenne de 11%. Ce très bon démarrage d’un point de vue historique est de bon augure pour la suite de la saison. Les publications des géants du secteur technologique sont prévues à la fin du mois (Alphabet, Microsoft, Meta 29/04, Apple 30/04).
La baisse du prix du pétrole, notamment sur la séance de vendredi, a relâché un peu la pression sur les taux d’intérêt. Le taux de l’obligation allemande de référence à 10 ans repasse ainsi sous les 3% (-8 bps sur la semaine). Le repli des taux reste toutefois très relatif en comparaison de la hausse des indices actions. Les investisseurs restent préoccupés par l’impact du choc d’offre sur les matières premières énergétiques et par la hausse des anticipations d’inflation (l’indice des anticipations d’inflation calculé par l’Université du Michigan est passé de 3,8 % en mars à 4,8 % en avril). Résultat, les investisseurs envisagent désormais majoritairement un statu quo des taux directeurs, aux États-Unis en 2026 et deux hausses pour la BCE.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 17 avril 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
On observe une nette détente de notre baromètre des marchés sur la semaine écoulée…[lire la suite]
Que faire sur les marchés au 20 avril 2026 ?
Les marchés ont continué à acheter le narratif du cessez-le-feu et ont propulsé les indices américains à l’assaut […lire la suite]






