Commentaire de marché

Iran : l’intervention terrestre se précise

Comme dans un réflexe pavlovien, les investisseurs ont continué toute la semaine à réagir aux évolutions du prix du pétrole. Nous sommes donc entièrement dans ce que nous appelions la semaine dernière, la phase obsessionnelle des marchés : les marchés actions et de taux suivent au « tick » près les variations du prix du pétrole.

 Les investisseurs naviguent entre espoirs et craintes au gré des flux de nouvelles concernant le conflit iranien. Portés par l’espoir d’ouvertures de négociations en début de semaine, les marchés sont rapidement retournés à leurs craintes lorsqu’il s’est avéré, au fur et à mesure de la semaine, que Donald Trump avait trompé son monde en affirmant que les Iraniens étaient prêts à céder aux exigences américaines. Depuis, nous essayons tous de démêler le vrai du faux et de nous demander si le président américain n’est pas en train de reproduire sa stratégie de fin février, à savoir occuper l’espace avec des négociations diplomatiques pour pouvoir surprendre militairement (un week-end par exemple, quand les marchés sont fermés).

Comme en février, de nouvelles troupes sont annoncées sur le théâtre des opérations. Cette fois, il s’agit de « Marine Expeditionary Units » (MEU) spécialisées dans les opérations terrestres et amphibies et les raids rapides. La 11ème MEU (2500 marines) en provenance de San Diego devrait arriver au cours de la première quinzaine d’avril, environ en même temps qu’une deuxième MEU (la 31ème - 2300 marines) en provenance du Japon. Ces unités seront complétées par une unité de parachutiste d’élite, la 82 Airborne Division (2300 soldats), spécialisée dans la prise forcée de zones clés. Reste que ces forces ne semblent pas suffisantes pour permettre une installation sur le long terme en territoire iranien. Il est difficile d’anticiper la suite des événements. Les experts semblent parier pour une intervention sur une des îles fermant le détroit d’Ormuz, la fameuse île de Kharg pour priver le régime iranien du fruit de ses exportations de pétrole, ou les îles de Larak et d’Abu Musa pour libérer le passage du détroit. A moins que les discussions autour de la réouverture du détroit d’Ormuz ne soient qu’une diversion et que l’objectif américain soit une opération commando pour récupérer, quelque part en Iran, les 400 kgs d’uranium enrichis. Cette dernière option présente en effet un gros avantage, si l’opération est couronnée de succès, elle permettrait au président américain de proclamer la victoire et de négocier la fin des hostilités au grand dam des Israéliens qui resteraient alors seuls en lutte contre le régime des Mollahs.

Après un mois de conflit et sans perspective de victoire stratégique rapide permettant d’entrevoir la fin de la guerre, la situation semble inévitablement devoir se détériorer sur le plan économique. Les enquêtes de confiance réalisées depuis le début du conflit commencent à être publiées et elles ne sont pas bonnes. Les enquêtes (PMI) auprès des chefs d’entreprise flanchent en mars un peu partout en Europe (-1,4 en Zone euro, -2,7 au Royaume-Uni). Même constat avec les enquêtes de confiance auprès des ménages (en Allemagne -3,2, États-Unis -3,3). Les attentes de croissance économique vont être révisées à la baisse comme vient de l’annoncer l’OCDE qui a revu à 0,8 % (-0,4) la croissance de la Zone euro en 2026 et à 2 % (-0,1) la croissance aux Etats-Unis.

La croissance est revue à la baisse, tandis que l’inflation devrait progresser en raison de la hausse des prix énergétiques. De ce risque de stagflation, les banques centrales retiennent surtout la hausse de l’inflation et ont fait montre de célérité (surtout notre « amie » Christine Lagarde) pour assurer qu’ils étaient prêts à remonter les taux si nécessaire. En conséquence, les taux longs ont encore progressé la semaine dernière (+6 bps pour l’obligation à 10 ans allemande, le niveau le plus élevé depuis avril 2011). Pourtant, on peut être surpris devant la logique à l’œuvre. La hausse attendue des indices d’inflation ne résulte que de la progression des prix énergétiques contre laquelle les banques centrales ne peuvent rien faire. Dans ce cas, pourquoi menacer de relever les taux d’intérêt et ainsi risquer d’affaiblir encore le peu de croissance qu’il nous reste ? Ce paradoxe n’est qu’apparent et se résout quand on comprend que l’objectif, en réalité, des banques centrales n’est pas de lutter contre la hausse des prix en elle-même mais plutôt de lutter contre les anticipations d’inflation, c’est-à-dire la perception qu’ont les agents économiques de l’évolution future des prix. En menaçant d’augmenter les taux d’intérêt, les banques centrales font passer un message : elles ne laisseront pas les agents économiques demander des compensations (comme les hausses de salaires ou les hausses des biens et services vendus).

Performance des marchés à la clôture du vendredi 27 mars 2026

Ce qu’il faut en retenir

Après avoir progressés, lundi, sur la déclaration du président américain annonçant l’avancée de négociations fructueuses avec l’Iran, les marchés ont repris le chemin de la baisse sur le reste de la semaine lorsqu’il s’est avéré que l’Iran réfutait les déclarations trumpiennes. Dans l’ensemble les actions de la zone euro en ont tout de même profité pour résister sur la semaine (+0.1%) tandis que les actions américaines s’enfonçaient (S&P 500 -2,1%) pour la cinquième semaine consécutive. Il faut dire que le secteur technologique a été chahuté en bourse la semaine dernière avec deux nouvelles qui ont affaibli ce secteur clé pour la bourse américaine. Tout d’abord, l’annonce par Google du développement d’un logiciel nommé TurboQuant qui, selon Google, permet de réduire par 6 le besoin en mémoire vive (RAM) et d’augmenter par 8 la vitesse de calcul. On comprend l’enjeu pour les hyperscalers américains : réduire leur dépendance aux fournisseurs de puces et de mémoire, soit en améliorant les modèles d’intelligence artificielle pour les rendre moins gourmands en calculs, soit en fabriquant leurs propres puces informatiques. En conséquence, les fournisseurs des géants de la tech ont pris l’eau en bourse la semaine dernière (Nvidia – 4,62 %, SK Hynix -8,44 %, Samsung -9,88 %). Toutefois, le modèle TurboQuant ne semble pas réduire le besoin d’autres types de mémoires comme la mémoire flash ou la DRAM.

Deuxième sujet d’inquiétude pour la tech américaine, la décision d’un tribunal du Nouveau-Mexique qui a condamné Meta à devoir payer 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour mise en danger de la vie d’autrui. Il est reproché au groupe californien d’avoir encouragé la surconsommation de ses plateformes tout en assurant que ses produits, comme Instagram, étaient sûrs. Cette décision majeure crée un précédent, car c’est la première fois que la nocivité des réseaux sociaux est sanctionnée par la justice, ce qui pourrait potentiellement ouvrir la voie à d’autres actions en justice de ce type.

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