Commentaire de marché
Micron, symbole de l’euphorie autour des semi-conducteurs
Les marchés boursiers ont poursuivi leur progression la semaine dernière, toujours portés par la frénésie spéculative autour des valeurs de l’univers des semi-conducteurs. L’indice SOX, qui regroupe les 30 sociétés les plus importantes du secteur, a encore gagné 6,42 % sur la semaine, portant sa hausse à 102,48 % depuis le début de l’année.
Pour comprendre la logique de ces progressions inédites par leur ampleur et leur rapidité, l’exemple de Micron Technology est particulièrement éclairant. La société américaine illustre, selon nous, le phénomène en cours.
Micron, une entreprise historique au cœur des cycles informatiques
Micron Technology est l’un des trois grands fabricants mondiaux de mémoires électroniques, aux côtés de Samsung Electronics et de SK Hynix. Fondée en 1978 et basée à Boise, dans l’Idaho (Etats-Unis), l’entreprise a traversé près de cinquante ans de cycles technologiques : la concurrence japonaise dans les années 1980, l’essor d’Internet à partir des années 2000, puis le développement de l’Internet mobile grâce à la mémoire NAND utilisée notamment dans les smartphones.
Pourquoi la mémoire est devenue stratégique avec l’IA
Micron est spécialisée dans les puces mémoires DRAM, qui alimentent les microprocesseurs en données nécessaires aux calculs. On peut comparer le microprocesseur à une usine ultra-rapide et la mémoire à un entrepôt chargé de lui fournir les pièces. Si l’entrepôt ne livre pas assez vite, l’usine attend : le calcul ralentit.
Dans la grande aventure de l’IA à laquelle nous assistons aujourd’hui, la capacité d’associer microprocesseurs de calcul et espaces de stockage est devenu aussi fondamental que d’avoir un microprocesseur capable d’effectuer des milliards de calculs par seconde. La société aujourd’hui leader dans la conception de puces informatiques adaptée aux calculs de l’IA est Nvidia. Pour offrir des puces toujours plus puissantes comme la H100, Nvidia a noué des partenariats avec des fournisseurs de mémoire comme Micron. Le besoin de stockage des calculs est toutefois devenu tellement important qu’il est impossible de n’utiliser que les solutions mémoires traditionnelles comme la DRAM. Trois sociétés (Samsung, SK Hynix et Micron) aujourd’hui, sont capable de proposer la nouvelle technologie HBM (High Bandwidth Memory), capable d’amplifier la capacité de stockage. Cette technologie consiste à disposer les couches de mémoires DRAM verticalement les unes sur les autres à côté du microprocesseur dédié au calcul. L’empilage est une technologie extrêmement complexe, difficile à maitriser à l’échelle industrielle.

De la cyclicité des mémoires à l’essor stratégique de la HBM
La production de puces mémoire était jusqu’ici perçue comme une activité très cyclique, étroitement dépendante du cycle de l’informatique. L’essor de l’intelligence artificielle a profondément changé cette perception. Les besoins massifs en puissance de calcul ont contraint les fabricants de mémoire à investir non seulement dans leurs capacités de production, mais aussi dans la recherche et développement.
Ces investissements ont permis la mise au point de la mémoire HBM, une technologie désormais indispensable au développement de l’IA. En conséquence, Micron et ses deux principaux concurrents bénéficient de barrières à l’entrée élevées, qui les rendent incontournables dans cette nouvelle phase de croissance technologique.
Micron change de dimension boursière

Un simple regard sur l’évolution du cours de Bourse de Micron au cours des trente dernières années suffit à mesurer le changement d’échelle. En quelques mois, la société est entrée dans une nouvelle dimension.
Micron Technology pèse désormais 1 280 milliards de dollars, ce qui la place parmi les dix plus grandes sociétés cotées au monde. À titre de comparaison, LVMH, première capitalisation française, affiche une capitalisation de « seulement » 380 milliards de dollars.
Ce que la valorisation actuelle intègre déjà
Au 31 décembre 2023, au tout début de l’essor des investissements liés à l’IA, le chiffre d’affaires de Micron s’élevait à 16 milliards de dollars. Fin 2024, il atteignait déjà 25 milliards de dollars, puis 37 milliards de dollars au 31 décembre 2025.
L’accélération devrait être encore plus spectaculaire cette année, portée par la pénurie de puces mémoire haute performance et par la hausse des prix. Les analystes anticipent un chiffre d’affaires de 113 milliards de dollars, soit une progression de 203 %. Pour 2027, leurs attentes montent encore, avec 190 milliards de dollars de revenus attendus, soit une hausse supplémentaire de 90 %.
Cette progression des ventes devrait s’accompagner d’une hausse encore plus importante des bénéfices, compte tenu du caractère oligopolistique du secteur. Elle explique l’envolée du cours de l’action, en hausse de 297 % cette année.
À 1 134 dollars par action, Micron se valorise environ dix fois ses bénéfices attendus pour 2027. Ce ratio peut sembler relativement modéré pour une entreprise affichant une telle croissance. C’est précisément là que réside la difficulté : comment valoriser des entreprises déjà établies, mais qui ont su capter la vague de la plus importante phase d’investissement privé de l’histoire récente ?
La dépendance aux investissements dans l’IA
L’enthousiasme actuel autour de l’IA repose sur les investissements massifs de quelques grandes entreprises, principalement américaines. Goldman Sachs estime qu’après près de 800 milliards de dollars déjà engagés, les investissements pourraient atteindre 1 100 milliards de dollars en 2027.
Micron devrait naturellement compter parmi les principaux bénéficiaires de cette manne, ce qui crédibilise les hypothèses retenues par les analystes. Mais au-delà de 2027, les projections deviennent beaucoup plus incertaines. Les grands champions de l’IA — Google, Microsoft ou Amazon — auront probablement du mal à maintenir un tel niveau de dépenses sans retour sur investissement plus visible qu’aujourd’hui.
Cette incertitude explique la prudence relative des investisseurs. Même si Micron affiche une performance exceptionnelle, le marché ne la valorise qu’à environ dix fois ses bénéfices attendus pour 2027. En revanche, l’ampleur absolue de la progression attendue rend chaque révision de perspectives particulièrement sensible, avec à la clé de fortes phases de volatilité du cours.
Un rendez-vous décisif pour le marché
Le prochain test interviendra ce mercredi 24 juin à 22 h 30, heure de Paris, avec la publication des résultats de Micron pour le troisième trimestre fiscal 2026. Le chiffre d’affaires pour le trimestre écoulée est attendu à 35 milliards de dollars (+276% par rapport à il y a un an) avec un résultat net attendu à 23,59 milliards de dollars. Les investisseurs suivront surtout les prévisions pour le trimestre suivant. Les analystes attendent 41,83 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour 28,33 milliards de dollars de résultat net.
Comme toutes les entreprises de croissance, Micron devra être au rendez-vous des attentes, voire les dépasser, pour espérer prolonger la hausse de son cours de Bourse. C’est en effet, le principe et la limite de cette folie spéculative que de devoir toujours se nourrir de perspectives améliorées pour permettre à l’arbre boursier de monter toujours plus haut.
Changement de ton à la banque centrale américaine (FED)
Le retour à des valorisations plus raisonnables pourrait venir d’un changement de ton de la banque centrale américaine sous l’impulsion de son nouveau président, Kevin Warsh. Nommé par Donald Trump pour mener une politique de baisse des taux et soutenir l’économie, Kevin Warsh a pourtant surpris les marchés en affirmant que la lutte contre l’inflation serait sa priorité absolue.
En renouant avec la mission historique d’une banque centrale — la stabilité des prix — il a rompu avec le ton plus accommodant auquel les marchés s’étaient habitués sous Jérôme Powell. Les investisseurs ont modérément apprécié cette inflexion, car elle ravive la perspective de taux d’intérêt plus élevés. Pour l’instant, les mouvements restent toutefois limités, avec seulement quelques points de base de hausse sur les taux longs américains.
Afflux de liquidités sur les actions
Les actions américaines continuent de bénéficier d’un afflux massif de liquidités prêtes à s’investir. Selon EPFR Global Data, 119 milliards de dollars ont encore été placés dans les fonds d’actions américaines au cours de la seule semaine écoulée.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 19 juin 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 19 juin 2026
Ce qu’il faut en retenir
A nouveau, nous retrouvons l’indice Coréen, Kospi, en tête des performances de la semaine (+11,4%) grâce à une nouvelle orgie sur les semiconducteurs (Samsung +9%, SK Hynix +28%). Les actions européennes et japonaises continuent pour leur part à progresser grâce à la progression des valeurs liées à la conjoncture dans un contexte de baisse de prix de l’énergie (Gaz -10%, Brent -7,7%).
Parmi les perdants de la semaine, l’indice action brésilien (Ibosvespa) qui est pénalisé par la baisse des valeurs liées à l’industrie du pétrole ainsi que les indices actions britanniques qui souffrent de la situation politique outre-manche.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 19 juin 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Le baromètre est stable sur la semaine écoulée (21.58), toujours sous le seuil de 30, traduisant un optimisme…[lire la suite]
Que faire sur les marchés au 22 juin 2026 ?
L’appétit pour le risque reste entier. Ni les tergiversations dans les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis, ni le changement de positionnement de la banque centrale américaine n’ont d’impact[…lire la suite]







