Commentaire de marché

L’analyse des mouvements de marché observés la semaine dernière mérite une attention particulière. Habituellement, lorsqu’il s’agit d’expliquer les performances à court terme des indices boursiers, une cause principale s’impose. Cette interprétation alimente ce que l’on appelle le « narratif de marché », c’est-à-dire le récit que les investisseurs, consciemment ou non, construisent et qui influence ensuite leur lecture des événements.

Ecarts de performance entre indices

Aujourd’hui, la situation apparaît différente. Les marchés semblent évoluer de manière fragmentée, sans logique globale évidente, ce qui se traduit par des écarts de performance significatifs, comme l’illustre notre tableau de suivi. À titre d’exemple, la semaine dernière, l’indice espagnol IBEX a inscrit un nouveau record historique en clôture, tandis que les marchés actions américains — habituellement moteurs — reculaient nettement (S&P 500 : -1,9 % sur la semaine).

Poids des semi-conducteurs

L’explication principale réside dans les différences de composition, désormais très marquées, entre les grands indices mondiaux. La croissance exceptionnelle d’un nombre restreint de valeurs a profondément modifié leur équilibre. Aux États-Unis, les entreprises du secteur des semi-conducteurs représentent à elles seules 19 % du S&P 500, pour seulement 21 sociétés (soit 4 % de l’indice). Par ailleurs, la technologie pèse 34 % du S&P 500, dont près des deux tiers sont désormais directement liés aux semi-conducteurs. À l’inverse, l’IBEX espagnol se caractérise par une dominante de valeurs dites « de l’ancienne économie », sans exposition aux semi-conducteurs et avec une présence technologique très limitée (principalement Indra).

Résultats de Micron Technology

Depuis plusieurs mois, l’attention des investisseurs se concentre sur la croissance spectaculaire des entreprises de semi-conducteurs. La semaine dernière, nous avions analysé en détail Micron Technology, acteur emblématique du secteur, à quelques jours de la publication de ses résultats. Ceux-ci, publié mercredi dernier, ont largement dépassé les attentes. Comme l’a souligné Bloomberg : « oubliez la croissance parabolique, la croissance des revenus de Micron est désormais verticale ».

La société a publié un chiffre d’affaires trimestriel de 41,46 milliards de dollars, contre 35,85 attendus. Pour mesurer l’ampleur de cette progression, il convient de rappeler qu’un an auparavant, son chiffre d’affaires trimestriel s’élevait à 9,30 milliards de dollars. Plus impressionnant encore, la marge brute atteint 84,6 %, en hausse de 10 points sur un trimestre — un niveau exceptionnel, signifiant que pour 1 000 dollars de ventes, 846 dollars constituent de la marge.

Hausse des prix

Cet élément est central, car il met en lumière un déséquilibre potentiel dans la dynamique actuelle. En effet, la croissance du chiffre d’affaires au cours du trimestre (environ 17 milliards de dollars supplémentaires) semble provenir exclusivement d’une hausse des prix, et non d’une augmentation des volumes, les capacités de production étant déjà saturées. Micron, tout comme ses deux principaux concurrents — Samsung et SK Hynix — bénéficie ainsi d’un contexte oligopolistique lui permettant d’imposer des hausses de prix significatives.

 

Déséquilibre du marché

Une telle situation, dont rêve chaque société au monde, pourrait perdurer au-delà de 2027, voire jusqu’en 2030 selon certaines projections. Toutefois, il est peu probable que les principaux clients (Google, Anthropic, OpenAI, etc.) acceptent durablement ces conditions, d’autant que les levées de fonds importantes semblent aujourd’hui principalement servir à absorber ces hausses de coûts plutôt qu’à accroître les capacités de calcul.

Il est donc raisonnable d’anticiper une réaction des acheteurs, que ce soit par une coordination visant à limiter les achats ou par le développement de solutions technologiques alternatives pour réduire leur dépendance aux puces mémoire.

Prudence des investisseurs

Dans ce contexte, bien que les valeurs du secteur aient initialement bien réagi aux résultats de Micron, elles ont subi un retournement en fin de semaine. Les causes restent difficiles à déterminer précisément, mais un sentiment diffus semble émerger : celui d’un cycle arrivant à maturité. Une situation dans laquelle quelques acteurs captent l’essentiel de la valeur grâce à une position oligopolistique apparaît difficilement soutenable à moyen terme. Après une hausse de près de 100 % depuis le début de l’année, le secteur suscite désormais davantage de prudence.

Cette prudence est renforcée par le développement, notamment en Corée, de produits financiers à effet de levier adossés aux performances des champions locaux — Samsung (+183 % depuis le début de l’année) et SK Hynix (+310 %). Ces instruments présentent un risque accru, susceptible de se matérialiser en cas de correction prolongée des cours de ces sociétés.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 26 juin 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 26 juin 2026

Ce qu’il faut en retenir

La baisse des taux d’intérêt et la poursuite de la chute des prix du pétrole ont soutenu les actions européennes la semaine dernière tandis que les indices actions américains et asiatiques ont été pénalisés par le repli du secteur technologique en général et du sous-secteur des valeurs de semi-conducteurs en particulier.

Sur la semaine le taux à 10 ans allemand de référence s’est détendu de 13 bps à 2,85%, revenant à son niveau de début d’année. Cette détente généralisée (le 10 ans français a baissé de 9 bps sur la semaine) peut être mis -en partie- au crédit de l’action préventive de la Banque Centrale Européenne (BCE) dont la décision de relever ses taux, il y a 10 jours, semble avoir renforcer la crédibilité dans sa lutte contre l’inflation de la banque centrale aux yeux des investisseurs

L’autre facteur ayant contribué de manière décisive à la détente sur les taux d’intérêt est la poursuite de la baisse du prix du pétrole. Le prix du Brent est redescendu proche des 72$ le baril, le niveau qui prévalait la veille de l’intervention américaine en Iran. A courte terme, l’équilibre du marché pétrolier s’est inversé avec désormais un léger excédent d’offre à court terme.

Les actions du vieux continent ont également profité de deux autres facteurs positifs. Les enquêtes d’activité auprès des chefs d’entreprise de la Zone euro pour juin montre une éclaircie sur le front de l’activité économique. Sans verser dans l’optimisme, les entreprises de la Zone euro sont un peu moins pessimistes comme le montre la remontée à 49.5 contre 48.5 en mai, de l’indicateur d’activité. Cet indicateur reste toutefois en zone de contraction (seuil à 50), mais la poursuite de la baisse du prix de l’énergie devrait permettre au début de dynamique positive de se maintenir.

Enfin la poursuite de la progression du dollar contre les autres monnaies et notamment l’euro ont favorisé les actions européennes (la hausse du dollar est un facteur positif pour la conversion des profits fait par les entreprises européennes à l’étranger). Les conséquences du discours musclé du nouveau président de la banque centrale américaine, Kevin Warsh, continuent à se faire sentir sur les marchés obligataires et de change. Les investisseurs anticipent désormais à 80% une hausse des taux en septembre de la part de la banque centrale américaine. En conséquence d’une rémunération attendue plus élevée, la valeur du dollar progresse contre les autres monnaies.

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