Commentaire de marché

L’annonce de la signature ce dimanche par les Etats-Unis et l’Iran d’un protocole d’accord pour mettre fin au conflit a un effet euphorisant ce matin sur les actifs cotés.

Done Deal ?

Malgré des progressions vendredi en anticipation de cet accord, les indices asiatiques et européens prolongent leur enthousiasme ce matin. Beaucoup de questions se posent sur le fond de l’accord et même sur la réalité d’un accord puisque les conditions sur le nucléaire iranien ne figureront pas dans l’accord qui devrait être signé vendredi à Genève. L’important pour les marchés est toutefois ailleurs. Le point essentiel pour les investisseurs n’est pas de savoir si l’Iran sera empêché ou non, à tout jamais, de posséder une arme nucléaire et encore moins de savoir si les bombardements du sud Liban vont cesser. Non, l’important pour les marchés est que les voies du commerce mondial ne soient plus entravées et c’est, en effet, bien vers une réouverture totale du détroit d’Ormuz que l’on se dirige, même si au passage les Etats-Unis doivent accepter de débloquer 12 Mds $ d’avoirs iraniens gelés.

Les marchés vont donc saluer la nouvelle ce matin. Et après ? Il est probable que dans un premier temps, chaque camp, iranien et américain fanfaronne sur la victoire historique obtenue. Les difficultés arriveront ensuite à l’image des tergiversations auxquelles nous avons assisté depuis deux mois qu’ils proviennent de l’impatience de Donald Trump ou du manque de clarté du leadership iranien.

L’Euro Stoxx 50 va ouvrir ce matin en hausse de +1,70 % tandis que les marchés asiatiques ont clôturé dans l’euphorie (Japon, Corée +5%).  Avec la perspective de réouverture du Golfe persique aux échanges commerciaux, les actions européennes vont certainement retrouver de l’attrait pour les investisseurs grâce à la baisse attendue du prix de l’énergie. Nous nous attendons donc à ce que les indices actions européens surperforment, ou en tout cas, rattrapent une partie de leur retard par rapport aux indices actions américains dont la performance devrait à l’inverse ralentir du fait de la perspective de l’afflux de nouveaux titres à absorber (voir ci-après).

Anthropic :

Eclipsée par l’accord iranien, la décision, vendredi, du gouvernement américain de couper l’accès à ses deux dernières versions de son modèle d’IA (Mythos 5 et Fable 5) à tous les ressortissants étrangers à l’intérieur ou à l’extérieur des Etats-Unis est une bombe dont les conséquences auront des répercussions sur l’avenir du développement de l’IA. La dépendance de l’Europe à l’IA américaine apparait ainsi en pleine lumière. A première vue cette décision emporte deux conséquences majeures négatives pour le secteur. Premièrement, elle va compliquer le retour sur investissement des développeurs d’IA qui pensaient jusqu’à présent pouvoir rentabiliser leurs investissements à l’échelle mondiale. Deuxièmement, le coup de semonce américain devrait inciter les pays à trouver des solutions alternatives aux IA américaines, renforçant ainsi la concurrence au sein d’un secteur qui n’a pas trouvé encore son modèle économique.

Space X

+19 %. L’action SpaceX — ou plus précisément Space Exploration Technologies Corp, son nom officiel — a décollé dès son premier jour de cotation. Les auteurs de cette newsletter se doivent d’abord un mea culpa. Nous pensions que le niveau de valorisation proposé provoquerait un électrochoc chez les investisseurs. Il n’en a rien été. La demande pour cette introduction en bourse — désormais la plus importante de l’histoire — a été près de cinq fois supérieure à l’offre de titres (350 milliards de dollars contre 75 milliards).

Rappelons les chiffres clés. SpaceX affiche 19 milliards de dollars de revenus pour une perte de 5 milliards en 2025. Avec une valorisation de 1 750 milliards de dollars, cela correspond à un ratio Prix/Chiffre d’affaires de 92x, alors que le marché se situe généralement autour de 10x. Autrement dit, les investisseurs paient une « prime » considérable. Pour la justifier, il faudrait que le chiffre d’affaires progresse en moyenne de 20 % par an sur dix ans. Ce scénario n’est pas impossible — Nvidia a par exemple enregistré une croissance annuelle moyenne de 45 % sur les dix dernières années — mais il reste peu probable. Même une entreprise aussi disruptive que Google n’a vu son chiffre d’affaires croître « que » de 18 % en moyenne sur la même période. Cette valorisation, presque « religieuse » dans le cas des entreprises d’Elon Musk, peut surprendre, mais elle reflète bien une époque où l’analyse fondamentale cède le pas aux récits de croissance et de disruption.

Arbitrage

Deuxième mea culpa : le repli observé la semaine dernière sur les valeurs technologiques, et plus particulièrement les semi-conducteurs, ne traduisait pas une prise de conscience d’un éventuel excès de valorisation. Il s’agissait plutôt d’un arbitrage technique : les investisseurs ont vendu les titres ayant le plus progressé afin de dégager des liquidités pour participer à l’introduction de SpaceX. Ce phénomène de vases communicants pourrait d’ailleurs se reproduire lors des prochaines levées de fonds dans la tech. Google est ainsi attendu dans les semaines à venir avec une augmentation de capital de 80 milliards de dollars, suivi d’Oracle pour 70 milliards. Côté introductions en bourse, Anthropic (valorisée 965 milliards) et OpenAI (852 milliards) sont également attendus. Les montants levés serviront principalement à financer les investissements massifs nécessaires en infrastructures de calcul et de stockage pour l’intelligence artificielle.

BCE

Outre SpaceX et les négociations iraniennes, l’autre événement majeur de la semaine a été la première hausse des taux de la BCE depuis 2023. La banque centrale a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, à 2,25 %, en raison d’une révision à la hausse de ses prévisions d’inflation pour la zone euro : 3 % en 2026 (contre 2,6 % précédemment) et 2,3 % en 2027 (contre 2 %). En revanche, l’inflation attendue pour 2028 a été légèrement revue à la baisse (2 % contre 2,1 %), signe que la BCE estime peut-être ce resserrement suffisant pour atteindre son objectif. Les investisseurs ne semblent toutefois pas partager cette analyse et anticipent plutôt deux à trois hausses supplémentaires.

FED

Enfin, la semaine à venir sera marquée par la réunion de la Réserve fédérale américaine, avec le premier discours de Kevin Warsh en tant que président. Si un statu quo monétaire est attendu, l’enjeu principal sera d’observer comment il parviendra à concilier sa proximité avec Donald Trump — favorable à des baisses de taux — et la nécessité de maintenir une politique monétaire rigoureuse face aux risques persistants d’inflation.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 12 juin 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 12 juin 2026

Ce qu’il faut en retenir

Les actions européennes ont terminé la semaine écoulée en tête de notre classement, surperformant nettement leurs homologues américaines (Euro Stoxx 50 +2,1 % contre +0,7 % pour le S&P 500). La consolidation des valeurs de semi-conducteurs, qui a pesé sur les indices américains en début de semaine, n’a pas entamé la dynamique du Vieux Continent. À l’inverse, les marchés européens ont été soutenus par les secteurs de la consommation, en particulier la consommation défensive (+5 %) et la consommation discrétionnaire (+2,6 %). Le secteur immobilier a également affiché une progression marquée (+3,34 %). Ces mouvements s’expliquent principalement par les perspectives d’un accord de paix avec l’Iran. Un tel scénario contribuerait à faire reculer l’inflation, ouvrant la voie à une détente des taux d’intérêt et soutenant, par ricochet, la consommation.

Plus surprenant, l’or a également enregistré une nouvelle baisse (-2,5 %). Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre dans un environnement géopolitique tendu, le métal jaune n’a pas joué son rôle traditionnel de valeur refuge. Depuis le 29 février, date du début du conflit, son prix a même reculé de 18 %.

Cette évolution soulève des questions. Les investisseurs semblent avoir davantage intégré dans leurs anticipations le risque d’une hausse des taux d’intérêt que les tensions géopolitiques. En effet, le prix de l’or est particulièrement sensible aux taux d’intérêt réels, c’est-à-dire aux taux nominaux corrigés de l’inflation. La crainte d’un resserrement monétaire par les banques centrales — susceptible de faire progresser ces taux réels — a ainsi pesé sur le métal jaune.

Toutefois, les faits récents viennent contredire cette lecture. Sur les trois derniers mois, les taux réels ont en réalité reculé. Aux États-Unis, ils sont passés de 1,6 % en février à environ 0,3 % aujourd’hui. Ainsi, l’argument présenté à longueurs de pages par les « analystes » ne tient pas. La raison de la baisse du prix de l’or tient probablement davantage à des raisons de flux qu’à des raisons de valorisation. On découvrira certainement dans quelques mois que les acheteurs traditionnels d’or de ces dernières années (banques centrales du Golfe et banque centrale de Chine) ont eu d’autres priorités depuis trois mois que de poursuivre le placement de leurs excédents sur le métal jaune.

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