Commentaire de marché

Un Kevin peut en cacher un autre

Le véritable contre-pouvoir aux États-Unis, c’est Wall Street. S’il fallait une nouvelle preuve de l’influence qu’exercent les marchés financiers sur Donald Trump, la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed en est le parfait exemple.

Au fond de lui, Donald Trump aurait sans doute souhaité nommer son conseiller économique, l’autre Kevin, Kevin Hassett. Kevin Hassett, qui conseille le président sur les sujets économiques depuis son premier mandat, est en effet exactement sur la même longueur d’onde sur le plan des affaires. Il ne cesse d’appeler à baisser les taux de la Fed mais surtout, c’est un fervent partisan des cryptomonnaies dont on sait que le secteur fait actuellement la fortune de la famille Trump.

Il y avait donc plusieurs raisons pour le président américain de nommer Kevin Hassett à la tête de la Fed. Pourtant, le choix de Donald Trump s’est porté vers Kevin Warsh, qui présente un profil plus risqué pour lui, mais plus consensuel aux yeux de Wall Street. Plus risqué pour le président américain, car même s’il est nommé « pour faire plaisir à Donald Trump » en baissant les taux de la Fed, rien n’est moins sûr à la lumière du désenchantement passé vécu avec Jerome Powell.  Nommé en 2017, l’actuel président de la Fed s’est rapidement glissé dans la peau du banquier indépendant au grand dam du président américain. La même évolution va-t-elle se reproduire avec Kevin Warsh ? Donald Trump compte sans doute sur les liens familiaux et personnels du futur président de la Fed pour garantir sa loyauté. Kevin Warsh est en effet marié à Jane Lauder, héritière de la famille du groupe de cosmétiques Estée Lauder, dont le père Ronald Lauder, milliardaire, est un ami de jeunesse du président américain. Ce mélange de business, de famille et de politique, voilà qui a de quoi rassurer notre Donald Trump.

Les investisseurs sont également soulagés, eux qui craignaient que la nomination du nouveau président de la Fed soit un cheval de Troie pour démanteler l’indépendance de la Banque centrale. Même si Kevin Warsh s’est prononcé pour une baisse des taux d’intérêt, il a montré par le passé, notamment lorsqu’il était membre du Conseil des gouverneurs de la Fed entre 2006 et 2011, qu’il avait une vision conservatrice du rôle de la banque centrale.

Sur les marchés, la réaction des actifs les plus sensibles à cette nomination a été immédiate.  La perspective d’une perte d’indépendance de la banque centrale américaine avait fait chuter le dollar, tandis que l’or et les autres métaux précieux s’envolaient comme autant de valeurs refuges face à la crainte de perte de crédibilité du billet vert. En passant, notons que les cryptomonnaies et le Bitcoin n’ont pas joué, en l’espèce, leur rôle prétendu de valeur refuge avec un Bitcoin qui a chuté sous les 80.000 dollars bien en deçà de son record de 2025 à 123 000 dollars.

Le soulagement de Wall Street avec la nomination d’un nouveau chairman à la Fed plus conforme à l’orthodoxie a conduit logiquement vendredi et ce matin à une reprise du dollar et à un dégonflement assez spectaculaire de la spéculation sur l’or et l’argent.

Les marchés d’actions, rattrapés par la baisse du prix des métaux précieux, se sont d’abord affaiblis mais repartent ce matin logiquement à la hausse. Comment pourrait-il en être autrement ? La Fed va désormais adopter un biais accommodant sans pour autant se dépouiller de son indépendance. Côté résultats des entreprises, un tiers des entreprises du S&P 500 ont publié leurs comptes pour le 4ème trimestre 2025 et 75% d’entre elles ont affiché des profits supérieurs aux attentes de l’ordre de 9%. Pour 2026, les analystes attendent toujours une croissance de 15,4% des profits sur l’année. En conséquence, les investisseurs avisés profiteront des creux de marché pour se renforcer.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 30 janvier 2026

Les actifs risqués résistent, les actifs protecteurs s’envolent

Ce qu’il faut en retenir

La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed a été le déclencheur vendredi de prises de bénéfices violentes sur les actifs ayant profité de la baisse du dollar depuis le début de l’année (or, pays émergents). Sur le mois toutefois, la performance des actifs financiers n’a pas été chamboulée avec une surperformance des matières premières non agricoles. L’or finit en tête de notre classement (+13,5%) avec le pétrole (+13,4%) et l’indice boursier brésilien (+12,6%) qui profite de sa forte exposition au secteur des matières premières.

A l’inverse, le Bitcoin n’est clairement plus perçu comme une valeur refuge (-11,7% sur le mois en euros). Le prix des matières premières agricoles recule de -1,9% sur le mois sous l’effet des baisses des prix du cacao (-3%) et du sucre (-0,5%).

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Notre baromètre des marchés est resté calme malgré les soubresauts de la fin de la semaine dernière. Cette tranquillité est un signe du sang-froid actuel des investisseurs qui ne s’alarment pas (ou plus) des tensions géopolitiques ou des déclarations tous azimuts du président américain. Dans ce contexte, il semble opportun de profiter des corrections des marchés actions américains et européens pour se repositionner en vue d’une reprise de la hausse.

L’actualité de la semaine va rester dominée par les publications trimestrielles (AMD mardi, Google mercredi, Amazon jeudi). Jeudi aura lieu la réunion de la BCE. A l’instar du  marché nous attendons un statu quo compte tenu des dernières déclarations de Christine Lagarde « nous sommes dans une position confortable ». Il est peu probable que la BCE évoque, à ce stade, l’évolution de l’euro contre le dollar, l’institution semblant juger qu’autour de 1,20 dollar pour un euro la situation est acceptable. Enfin, comme chaque début de mois, les investisseurs observeront avec intérêt le rapport sur l’emploi aux États-Unis, mais il est peu probable que cette publication affecte de manière significative les marchés ce mois-ci.

Passer à l’action

La nomination de Kevin Warsh a été le déclencheur de prises de bénéfices sur les actifs exposés à la baisse du dollar. Pour notre part, nous pensons que le répit pour le dollar ne pourrait être que de courte durée compte tenu de la volonté des investisseurs internationaux de réduire leur exposition au billet vert. Nous nous attendons notamment à une reprise haussière de l’or voire de certains métaux précieux comme le cuivre.

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