Commentaire de marché

Les marchés s’interrogent sur les M.A.M.A

La volatilité sur les marchés d’actions a été élevée la semaine dernière sans que, pour une fois, Donald Trump en soit la cause. S’étant recentré sur des sujets de politique intérieure, le président américain a laissé les investisseurs libres de réfléchir à leur choix de titres et de secteurs. La publication, la semaine dernière, des résultats trimestriels des 4 « hyperscalers » (Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon) a donné une nouvelle occasion aux investisseurs de s’interroger sur la suite de la grande saga de l’IA. Les questions restent les mêmes depuis des mois. Les gigantesques investissements réalisés par les mastodontes de l’Internet seront-ils rentables ? Y aura-t-il plusieurs gagnants dans cette course effrénée au développement de l’IA ou bien, comme pour Google et son moteur de recherche, n’y aura-t-il en fin de compte qu’un vainqueur ? Pour les 4 grandes entreprises concernées, répondre à ces questions n’est pas l’essentiel, le plus important est de rester dans la course. Pionnier avec Open AI, Microsoft voit Google et son modèle Gemini commencer à le talonner sérieusement (750 millions d’utilisateurs mensuels contre 900 millions pour ChatGPT). Dans ce contexte, il faut continuer à investir pour ne pas se faire distancer. C’est bien le message qu’ont retenu les investisseurs à l’issue de la publication des résultats du dernier trimestre.

Les 4 géants du secteur ont annoncé des montants d’investissements records pour 2026 (655 Mds $ pour Amazon, Google, Meta et Microsoft) contre 400 Mds $ en 2025 et 250 Mds $ en 2024. On reste ébahi devant les montants colossaux investis principalement dans le développement d’infrastructures de calcul permettant de tester et entraîner les modèles d’IA. Bien que gigantesques, ces montants d’investissements restent en lien avec les résultats stratosphériques de ces 4 entreprises (370 Mds $ en 2025), ce qui fait dire aux optimistes que le risque est sous contrôle puisque ces investissements sont pour le moment financés par les profits. En réalité, l’inquiétude des investisseurs est différente, et ne porte pas sur la capacité de ces entreprises à financer leurs investissements, mais plutôt sur les transformations en cours du secteur. Jusqu’à présent les entreprises de l’Internet étaient plutôt considérées comme des entreprises « asset light » entendez qui n’avaient pas besoin de capitaux importants relativement à d’autres business pour assurer leur développement. Les choses changent aujourd’hui. Engagées dans une course de vitesse, avec de plus des tensions pour se procurer les composants indispensables, les M.A.M.A. (Microsoft, Amazon, Meta, Alphabet) se transforment progressivement en sociétés industrielles désireuses de maîtriser toute la chaîne de production, de la puce au logiciel d’IA en passant par les fermes de serveurs et les centrales électriques.

Que se passerait-il si une nouvelle entreprise, à l’image de DeepSeek l’année dernière, émergeait avec un tout nouveau type de modèle, drastiquement moins gourmand en calcul et en énergie ? C’est le pari de Yann Le Cun, qui a quitté Meta pour développer sa propre start-up sur la base d’un nouveau type de modèle et qui déclare « D’ici cinq ans, plus personne n’utilisera un modèle tel que ChatGPT ».

Les investisseurs conscients du risque, sans pour autant abandonner les M.A.M.A., semblent vouloir élargir leur horizon d’investissement au-delà des seuls concepteurs d’IA en s’intéressant aux entreprises qui vont utiliser l’IA pour améliorer leur productivité et leur offre. Ainsi, et c’est tout le paradoxe, les investisseurs reviennent depuis le début de l’année sur des entreprises issues de l’ancienne économie » mais qui, ingénieusement, intègrent l’IA dans leur fonctionnement comme Walmart (cours de bourse +18% en 2026), Honeywell (+22%), Caterpillar (+27%).

Tout le monde est d’accord pour dire que l’intelligence artificielle est un changement aussi profond pour les entreprises que l’a été l’apparition d’Internet au début des années 2000. Pour autant, la question reste entière de savoir qui entre les fabricants de matériels (ici les puces, Nvidia, Samsung), les concepteurs d’IA (M.A.M.A) et les utilisateurs tireront la plus grande partie de la valeur de cette nouvelle révolution.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 06 février 2026

Ce qu’il faut en retenir

La perspective de la victoire de la première ministre japonaise Sanae Takaichi aux élections législatives de dimanche (victoire confirmée avec 316 sièges sur 465 pour le PLD) a permis aux marchés actions japonais de surperformer les actions mondiales la semaine dernière (Topix +3,7%). Le Topix progresse encore +2.29% ce matin.

Les autres gagnants de la semaine côté indice actions sont les indices moins orientés technologie et ayant sous-performé depuis le début de l’année (Cac 40 + 1,8%, Sensex Indien +1,6%). A l’inverse, le Kospi (-2,6%) et le Nasdaq (-1,8%) ont souffert des interrogations des investisseurs quant à l’évolution de la dynamique autour de l’IA. Encore une très mauvaise semaine pour le Bitcoin (-17%) à la suite, semble-t-il de retraits d’ETF crypto-monnaies.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Nous n’enlevons rien à notre analyse de la semaine dernière. Les tensions sur les marchés actions restent modérées et propices à des rachats à bon compte comme nous avons pu le constater vendredi soir avec la reprise haussière des marchés actions américains (+2,18% pour le Nasdaq composite). Les annonces macro-économiques de la semaine, quoique importantes, ne devraient pas, selon nous, modifier la dynamique actuelle des marchés. Nous serons toutefois attentifs à la publication (décalée) du rapport sur l’emploi US de janvier, ce mercredi, ainsi que vendredi la publication vendredi de l’indice d’inflation US à la consommation pour janvier.

La crise iranienne est passée au second plan la semaine dernière, à la suite de déclarations optimistes de Donald Trump, mais les déclarations du chef de la diplomatie iranienne ce week-end, proclamant le refus de l’Iran d’abandonner son projet nucléaire, risquent de relancer les tensions. Nous considérons toujours qu’une intervention américaine en Iran est probable et risquerait d’avoir un impact négatif sur les marchés actions mondiaux.

Passer à l’action

Les publications des entreprises technologiques ont suscité plus de questions que de satisfaction comme l’illustre la performance des titres la semaine dernière (Meta -6.36%, Microsoft -5.25%, Amazon -13.43%, Alphabet -6.06%). Il est probable que les interrogations des investisseurs se poursuivent et que la rotation en faveur de secteurs plus traditionnels mais également consommateur d’IA se poursuive. Préférer le S&P 500 équipondéré.

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