Commentaire de marché

Les investisseurs entrent en mode stress intense.

Nous écrivions la semaine dernière que la baisse des marchés actions restait contenue, signe de la confiance des investisseurs dans une issue rapide du conflit iranien. Nous invitions toutefois à la prudence pour les semaines à venir. L’évolution des marchés la semaine dernière confirme cette mise en garde. Il nous semble même que nous sommes passés à une nouvelle étape de cette crise marquée par une évolution de la psychologie des marchés.

D’abord sceptique jusqu’au 28 février, quant à l’imminence d’une attaque américaine, les investisseurs ont d’abord considéré, sous l’influence de la propagande américaine que la guerre serait courte. Après trois semaines de conflit, les investisseurs revoient leur scénario et nous entrons dans ce que nous appelons une « phase obsessionnelle » des marchés. Cette phase « obsessionnelle » correspond à l’instant où le comportement boursier des investisseurs est entièrement déterminé par l’évolution d’un actif ou d’un indicateur. Cette phase intervient généralement après deux autres phases. Dans la première, le risque d’un événement négatif X est présent mais l’événement ne s’est pas encore produit (par exemple, la crise iranienne jusqu’au 28 février). Dans la deuxième phase, l’événement X s’est produit mais les conséquences sont minimisées par les acteurs du marché (le début de la crise Covid par exemple). La troisième phase, que nous appelons « obsessionnelle », au cours de laquelle les investisseurs comprennent qu’ils ont sous-estimé l’impact de l’événement X et tombent dans une espèce de détresse mentale qui les pousse à identifier un indicateur qui va leur servir, dès lors, de thermomètre pour mesurer l’intensité de la crise. L’histoire de la finance mondiale nous offre beaucoup d’exemples de tels épisodes. On peut se souvenir de l’attention démesurée donnée à l’évolution du CDS souverain de la Grèce en 2010 dont les soubresauts faisaient varier dans un sens ou dans un autre, les valorisations des indices actions. A l’époque le raisonnement des investisseurs était le suivant :

Elargissement des spreads de crédit de la Grèce => Défaut de la Grèce => Explosion de la Zone euro => Récession mondiale.

Dans cette crise iranienne, le point focal des investisseurs, c’est le prix du pétrole. L’évolution des indices actions ces derniers jours s’est complètement corrélée à l’évolution du prix du pétrole. Actuellement, tous les autres indicateurs macro ou micro traditionnellement suivis par les marchés quand tout va bien passent au second plan, seul compte la crise iranienne ou plus exactement les perturbations sur la production et l’acheminement du pétrole et du gaz. Cette phase obsessionnelle est plus ou moins longue, et se résout généralement lorsque l’indicateur faisant l’objet de toute l’attention des investisseurs, atteint un niveau insoutenable qui force les parties prenantes à un ajustement structurel, prenant la forme d’un compromis afin de conserver l’essentiel. Ainsi en 2012, lorsque les taux de la dette grecque atteignirent un niveau insoutenable qui forcèrent les Grecs, le FMI et l’UE à s’entendre sur une restructuration ordonnée ouvrant la voie à une sortie de crise.

Dans la crise actuelle, le prix du pétrole n’a sans doute pas encore atteint le seuil de douleur décisif forçant les parties prenantes à s’entendre. Surtout, la crise actuelle est asymétrique. Le régime iranien joue sa survie et utilisera toutes les options à sa disposition, quitte à mettre en danger la sécurité énergétique mondiale. De l’autre côté, les Américains pensaient gagner rapidement grâce à leur supériorité aérienne mais constatent après trois semaines de conflit que, même affaibli, le régime tient et est toujours capable de répliquer. Grand comme trois fois la France, l’Iran s’est préparé de longue date à ce conflit en dispersant sur son territoire les lanceurs de drones camouflés dans de simples conteneurs. Par ailleurs, la stratégie iranienne consiste à commencer par envoyer des salves de drones et de plus vieux modèles de missiles afin de saturer les systèmes de défense adverses, réduire le stock d’intercepteurs, avant d’utiliser des missiles plus performants. Les Américains et Donald Trump, malgré leur triomphalisme, ne semblent pas être préparés à la guerre d’usure dans laquelle les Iraniens souhaitent les voir s’engager. Dès lors, qui craquera le premier ? Donald Trump, soucieux de ménager son opinion publique ou les Mollahs écrasés par les bombes ? En attendant d’avoir la réponse, le prix du pétrole risque de poursuivre sa hausse.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 20 mars 2026

Ce qu’il faut en retenir

On constate la même dynamique, la semaine dernière, sur les marchés que la semaine précédente avec peut-être un degré de tension supplémentaire. La volonté des belligérants de frapper les infrastructures énergétiques — l'Iran a frappé le complexe gazier de Ras Laffan au Qatar (77 millions de tonnes par an, soit environ 17,5% de la demande mondiale de GNL 2026) en représailles aux frappes israéliennes sur South Pars — fait entrer le conflit en zone inconnue.

Aucune classe d’actifs n’est à l’abri de la correction à l’exception du secteur énergétique. Les taux s’envolent en raison des craintes de hausse de l’inflation, tandis que l’or continue de reculer (-10,6 %) en réponse à l’envolée des taux réels. Les autres matières premières sont entrainées dans la baisse (métaux industriels -5,9 %) en raison des craintes d’affaiblissement de la croissance mondiale.

Les actions européennes corrigent davantage que les indices américains du fait de l’exposition des économies européennes au gaz importé dont le prix a progressé de 22% la semaine dernière à la suite des attaques sur les infrastructures gazières du Qatar.

Exception à la correction généralisée, le Kospi (+5,4 % sur la semaine) porté par Samsung et SK Hynix et la demande en puces mémoire. Le Kospi corrige ce pendant ce matin de -6,49 %.

Les taux d’intérêt ont continué à progresser sur toute la planète (+8 bps pour l’obligation à 10 ans française à 3,75 %, +10 bps pour l’obligation à 10 ans américaine à 4,39 %). Les plus grandes banques centrales (Fed, BCE, BoE et BoJ) ont tenu leur réunion la semaine dernière. Toutes ont maintenu leurs taux inchangés avec toutefois un biais prudent face à la hausse de l’inflation qui s’annonce. En conséquence, les marchés ont complètement inversé leurs anticipations de politique monétaire et anticipent désormais une probabilité de hausse de 36 % des taux de la FED cette année (contre 60% qui anticipaient au moins une baisse cette année, il y a un mois).

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre renard du 20 mars

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Notre baromètre des marchés s’est légèrement détendu la semaine dernière…[lire la suite]

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