Commentaire de marché
Le AI Scare Trade, le thème de 2026?
Le mois de février se termine et déjà nous apercevons clairement les deux thèmes qui vont dominer l’année boursière 2026 : la sous-performance des actions américaines et l’incertitude sur les conséquences de l’IA. Le premier thème trouve en partie son explication dans le second.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la sous-performance des indices boursiers américains depuis le début de l’année ne s’explique pas par une défiance des investisseurs internationaux vis-à-vis des Etats-Unis. Une étude de Tim Baker, stratégiste chez Deutsche Bank, indique au contraire que les investissements nets des non-résidents dans les actions américaines n’ont jamais été aussi élevés avec l’équivalent de 2 % du PIB investi sur un an. Même constat sur le marché obligataire où les investissements de la part des alliés des Etats-Unis en obligations d’Etat américaines en 2025 (463,9 Mds $) n’ont jamais été aussi élevés depuis 2016.
Pourtant, la performance des actions américaines depuis le début de l’année est à la traîne des autres grands marchés actions mondiaux et singulièrement des marchés actions asiatiques. Le MSCI Asie Pacifique a progressé de 7,1 % en février contre -0,8% pour le S&P 500. C’est ici que le thème du « AI scare » entre en jeu pour comprendre ce qui se joue actuellement. A cet égard, l’épisode Citrini Research qui s’est déroulé la semaine dernière est révélateur des inquiétudes concernant l’IA. Dans son article intitulé « The 2028 Global Intelligence » (https://substack.com/home/post/p-188821754), l’auteur de cette publication, déroule un scénario de fiction sur l’évolution de l’économie américaine dans l’hypothèse où les attentes en termes de gain de productivité de l’IA se réalisaient effectivement. Résultat des courses pour l’auteur, si l’IA est la véritable révolution vantée et achetée par les marchés, alors les conséquences pour l’économie américaine seront dramatiques avec hausse du chômage et baisse de la consommation. Cet essai prospectif, pourtant issu d’un blog financier relativement obscur, est devenu si viral qu’il a contribué à faire chuter en bourse les entreprises du secteur des logiciels dont l’étude prévoit un effondrement à la suite de la remise en cause du modèle SaaS.
Le « AI scare » s’est rapidement transformé à Wall Street en « AI scare trade » qui repose principalement sur deux peurs. La première que nous avons déjà évoquée ces dernières semaines est la peur que les géants de la tech développant les modèles d’IA (les M.A.M.A pour Microsoft, Amazon, Meta, Alphabet) ne rentabilisent jamais leurs énormes investissements (650 Mds $ rien qu’en 2026). La seconde crainte porte sur le risque de disruptions massives d’industries comme le secteur des logiciels avec son corollaire de licenciement et donc de baisse de la consommation. L’étude de Citrini Research est ainsi arrivée à point nommé pour fournir des bases théoriques à cette peur. A cela s’ajoutent des publications régulières des concepteurs d’agents IA mettant en avant les futures possibilités de leur solution.
Face à cette révolution en chemin les investisseurs préfèrent se séparer des entreprises qui de près ou de loin pourraient être en difficulté avec le développement des solutions d’IA. A l’achat, le « AI scare trade » va, à l’inverse, consister à acheter les entreprises « pioches et pelles » que sont les fournisseurs des fournisseurs et que l’on trouve principalement en Asie, comme Samsung et SK Hynix, qui vendent à Nvidia leurs puces mémoire. SK Hynix progresse de 63 % depuis le début de l’année tandis que Samsung affiche une hausse de 80 %. Ces deux sociétés pèsent pour 40 % de l’indice Kospi en hausse de 48 % depuis le début de l’année. Autre idée d’investissement, le « HALO trade » pour « Heavy assets, low obsolescence ». Il s’agit de rechercher des business moins vulnérables à la révolution AI comme les utilities, les infrastructures de transport. Un comble quand il n’y a pas encore si longtemps, les stratèges préféraient les industries « asset lights » moins risquées en cas de retournement de la conjoncture.
C’est le charme de la finance, la vérité d’un jour n’est jamais la vérité pour toujours.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 27 février 2026

Ce qu’il faut en retenir
Une fois n’est pas coutume, les marchés actions mondiaux, en février, n’ont pas eu besoin des marchés actions américains pour progresser, bien au contraire. Le S&P 500 (-0.8%) et le Nasdaq (-3.3%) affichent de tristes performances.
A l’opposé, les marchés asiatiques hors Chine connaissent un mois explosif (Kospi + 19,50%, Topix +10,5%) ! Comme nous l’expliquons dans notre éditorial, les marchés asiatiques ont profité de l’envolée de quelques valeurs technologiques (Samsung, SK Hynix, TSMC) qui fournissent les composants de base pour les investissements dans l’IA. L’Europe performe également grâce à de bons résultats d’entreprises et à son exposition moins importante sur la technologie et l’IA.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Notre baromètre des marchés s’est légèrement détendu la semaine dernière (- 2 points) traduisant un environnement à nouveau propice à la prise de risque. Nous préférons toutefois maintenir notre biais neutre sur les marchés actions globaux compte tenu du manque de catalyseur haussier à court terme et surtout dans la perspective d’une intervention américaine en Iran que nous considérons toujours comme probable.
Passer à l’action
Dans le détail, nous maintenons notre surpondération des actions asiatiques dans leur ensemble, y compris Chine et Japon du fait des perspectives de croissance économique de la zone et de l’affirmation de l’Asie comme le second pôle de développement des technologies de l’IA. A ce titre, la fermeture du marché chinois à Nvidia pourrait paradoxalement être une opportunité pour la Chine de développer ses propres alternatives aux puces H200 de l’entreprise américaine.
Aux Etats-Unis, nous privilégions toujours, l’indice S&P 500 équipondéré qui permet de réduire fortement le biais technologique des indices actions américains.

