Commentaire de marché
L’Iran plie mais ne rompt pas
Les marchés financiers, dans leur ensemble, accentuent leur baisse ce matin. Ce lundi, le sentiment général est une radicalisation des positions dans le conflit iranien. L’Iran n’est pas le Vénézuela, et il n’aura donc pas suffi d’éliminer le guide suprême, Ali Khamenei, pour pousser le régime iranien à la négociation. Au contraire, en nommant le deuxième fils Khamenei, Mojtaba Khamenei, comme nouveau guide suprême, le régime iranien envoie un message clair aux Etats-Unis. Au-delà de l’aspect symbolique fort lié à la continuité dynastique, le choix de Mojtaba Khamenei semble avoir été imposé par l’aile ultra conservatrice des gardiens de la Révolution en rupture avec les règles de la république islamique hostiles à la logique dynastique. Du côté des Etats-Unis, avant même l’officialisation du nouveau guide suprême, Donald Trump avait exigé de l’Iran « une capitulation totale » renforçant ainsi ses exigences initiales qui ne concernaient auparavant que l’abandon des programmes nucléaire et balistique.
La radicalisation s’est aussi manifestée sur le plan militaire. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz (9 navires commerciaux seulement l’ont emprunté la semaine dernière), conduit les producteurs de pétrole de la région, comme le Koweit et les Émirat arabes unis à réduire leur production pour ne pas atteindre leur limite de capacité de stockage. S’ajoutent à cela les craintes que le conflit ne dégénère avec le ciblage des infrastructures pétrolières régionales, ce qui empêcherait un retour à la normale avant plusieurs mois. En conséquence, le prix du pétrole s’est envolé vendredi et ce matin au-dessus des 100$ à la fois pour le Brent et le WTI, pour la première fois depuis juillet 2022 et la guerre en Ukraine. Dès lors, les conséquences s’enchaînent. Comme un mauvais remake de 2022, les banquiers centraux n’ont pas tardé à s’exprimer pour avertir qu’ils ne laisseraient pas les anticipations de hausse de prix s’installer. Résultat, les taux d’intérêt s’envolent ce matin. Le taux d’intérêt à 10 ans français remonte à son record de l’année (3,60 %) qui correspond, en passant, à son niveau le plus élevé depuis 15 ans. Même conséquence aux Etats-Unis avec le taux à 10 ans remontant à 4,19 % contre 3,95 % à la veille de l’intervention en Iran.
Les investisseurs sont rationnels et il est logique d’assister à une hausse des primes de risque sur les marchés compte tenu des positions actuelles jusqu’au-boutistes des Américains et des Iraniens. En spécialistes des échecs (ils en seraient même les inventeurs selon des textes persans rédigés en 600 après J.-C), les Iraniens analysent finement les forces et faiblesses de leurs adversaires. Ils savent que les occidentaux en général et les Américains en particulier, sous la pression de leur opinion publique, ont besoin de succès rapides et peuvent difficilement soutenir un conflit long. Ainsi, le régime iranien, conscient de sa faiblesse militaire, va rechercher à la fois à enliser le conflit et à fragiliser économiquement les Etats-Unis et leurs alliés dans la région.
Pour parvenir à ces fins, le régime iranien dispose de 2 atouts majeurs. Le premier est le système de contrôle de la société mis en place depuis près de 50 ans. Les dernières révoltes ont mis en évidence l’efficacité diabolique du système de répression. Toutes les informations qui remontent depuis une semaine, montrent que l’emprise du régime sur une population sous les bombes s’est encore renforcée. Par ailleurs, les grandes villes s’étant vidées de leurs habitants, partis se réfugier à la campagne, il est difficile d’imaginer des rassemblements de population pour contester le régime. Deuxième atout du régime, militaire celui-là, les drones Shahed. Empêchés d’acheter du matériel militaire conventionnel pendant des dizaines d’années, les Iraniens ont conçu et développé ces drones d’à peine 2,5 m de large capable de frapper des cibles en mode kamikaze située à 2500 km. Peu couteux (30 000€ l’unité), la république iranienne avait avant la guerre une capacité de production de 3000 Shaheds par mois. Facile à dissimuler, les usines de production souterraines sont certainement encore opérationnelles.
D’un côté, nous avons donc la nécessité d’une victoire rapide pour les Etats-Unis et de l’autre l’Iran, capable de tenir grâce à son contrôle de sa population et à ses capacités de nuisance avec ses drones. Il est probable, de notre point de vue, que l’Iran aura ainsi la possibilité de résister plusieurs mois à la pression militaire américaine si celle-ci demeure aérienne. Pressé par le temps (les élections de midterm sont le 3 novembre) et par les conséquences économiques du conflit, Donald Trump va faire du Donald Trump: après avoir annoncé une grande victoire et ses objectifs atteints, il laissera les Israéliens se débrouiller avec l’Iran.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 06 mars 2026

Ce qu’il faut en retenir
Traditionnellement en phase de sell-off, les actions américaines surperforment les actions mondiales, et cette nouvelle crise ne fait pas exception. Les indices américains ont donc reculé la semaine dernière, mais en bon ordre (S&P 500 -2%, Nasdaq -1.2%), tandis que les indices actions européens (Euro Stoxx 50 -6.8%) et émergents (-7.40%) subissaient des dégagements importants. Conséquence de ce repricing, les actions américaines qui étaient à la traine depuis le début de l’année sont désormais revenues au niveau des actions de la zone euro (+0.2 % en faveur de l’Euro Stoxx 50 contre le S&P 500).
Au niveau des devises, même constat, le Dollar joue son rôle de devise refuge en progressant sur la semaine de 1,7 % à 1,155 contre l’Euro. A noter que l’or a également subit des dégagements (-2 % sur la semaine) en raison des craintes des investisseurs sur de possibles hausses de taux pour lutter contre une hausse des anticipations d’inflation.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Notre baromètre des marchés s’est logiquement envolé la semaine dernière avec les tensions sur l’ensemble des actifs financiers et non financiers. Le niveau « vent modéré » est largement dépassé et l’indicateur s’approche du niveau « vent fort » qui doit inciter à limiter les prises de risque.
Passer à l’action
Pour notre part, nous avions communiqué dès lundi 23 février, sur la nécessité de réduire les risques compte tenu de la dégradation continue du niveau du baromètre des marchés et de l’imminence du début du conflit iranien.
Nous maintenons cette prudence à court terme car la radicalité des positions américaines et iraniennes empêche d’anticiper une sortie de crise. Nous considérons que les Iraniens ont la capacité à maintenir dans la durée leurs efforts de résistance tandis que les Américains vont rapidement être confronté à la pression de leur opinion publique hostile à cette aventure militaire. La personnalité inconstante du président Trump rend le timing de la volte-face américaine impossible à prévoir.

