Commentaire de marché

Aux Etats-Unis, le Roi, c’est la Loi

Dans un État de droit, ce sont les juges qui ont le dernier mot.

Par 6 voix contre 3, la Cour suprême des États-Unis a donc décidé de rejeter la base légale invoquée par le gouvernement américain pour étayer les droits de douane « réciproques ». Selon la décision consultable ici https://www.supremecourt.gov/opinions/25pdf/24-1287_4gcj.pdf, la Cour suprême réaffirme la primauté du droit sur l’arbitraire présidentiel. Pour autant, les choses ne sont pas devenues plus simples en un instant. Certes, les principes du droit l’ont emporté mais cette décision ravive soudainement l’incertitude. Incertitude politique d’abord : contrecarré dans son hybris de toute-puissance, Donald Trump va réagir. Il l’a d’ailleurs fait immédiatement, aussitôt la décision de la Cour suprême connue, en invoquant la section 122 d’une loi sur le commerce de 1974, pour fixer des droits de douane universels à 15 %. Ces droits de douane qui viennent remplacer les droits réciproques devront faire l’objet d’un vote au Congrès pour être prolongés au-delà de 150 jours. Par ailleurs, le président américain a promis d’explorer d’autres voies pour réorganiser son arsenal douanier. Incertitude commerciale également ; que deviennent les accords commerciaux signés sous une contrainte qui n’existera plus dans 150 jours ou bien, qui prévoient des droits de douane supérieurs à 15 % (comme les principaux pays d’Asie taxés autour de 20 %) ? Incertitude budgétaire enfin, car outre les 195 Mds $ collectés en 2025 au titre des droits de douane réciproques et qu’il faudra peut-être rembourser, le gouvernement américain tablait sur 250 Mds $ en 2026, soit un peu moins de 5 % des recettes fédérales, pour financer ses largesses budgétaires dont les fameux chèques de 2 000 $ promis aux Américains.

Ainsi, si l’on peut être soulagé que les contre-pouvoirs restent actifs aux États-Unis, à court terme cette décision va renforcer l’incertitude pour les acteurs économiques. La première réaction des marchés vendredi a été positive avec comme perspective le remboursement pour certaines entreprises des droits de douane acquittés. On pense à Apple (+1,54 % vendredi) qui avait communiqué sur l’impact dans ses résultats des tariffs ou encore d’Amazon (+2,56 % vendredi) impacté en raison de sa marketplace. Plus généralement, les investisseurs peuvent se réjouir d’une baisse du tarif effectif moyen appliqué aux importations qui devrait passer de 16 % la semaine dernière à 13,7 % une fois les nouvelles taxes mises en place, d’après les calculs du centre de recherche indépendant The Budget Lab of Yale.

La logique économique voudrait que le président américain saisisse le prétexte de la décision de la Cour suprême pour faire marche arrière sur sa politique tarifaire. Mais il n’en sera rien. Pourtant, les derniers indicateurs et études montrent l’impact négatif de cette politique sur l’économie américaine. La Fed de New York a ainsi conclu dans une étude publiée le 12 février https://libertystreeteconomics.newyorkfed.org/2026/02/who-is-paying-for-the-2025-u-s-tariffs/ que près de 90 % du poids économique des droits de douane retombe sur les entreprises et les consommateurs américains. L’inflation reste un problème aux États-Unis comme l’illustre l’indice des prix PCE publié vendredi pour décembre en hausse de 2,9 % sur un an. La croissance économique, malgré les investissements dans l’IA, ralentit, avec 1,4 % au premier trimestre (certes impacté à hauteur de 0,9 % par le shutdown). En 2025, la croissance de l’économie américaine a été de 2,2 % contre 2,8 % en 2024 sous la présidence du « plus mauvais président des Etats-Unis de l’histoire », Joe Biden.

Tariff est le plus beau mot du dictionnaire selon Donald Trump et il est certain que le président américain ne va pas y renoncer. Les marchés vont devoir gérer, à nouveau, cette incertitude. Autre sujet de tension à venir pour les investisseurs, l’Iran : c’est près du tiers de la flotte américaine qui se regroupe en direction du golfe Persique. Malgré les pressions, le régime iranien joue la montre et n’apporte pas les garanties demandées par les Américains. Il est tentant d’y voir l’occasion idéale pour le président américain de parler d’autres choses que de droits de douane.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 20 février 2026

Ce qu’il faut en retenir

Belle semaine pour les actions mondiales portées par les bons résultats des entreprises, l’absence de publications macroéconomiques inquiétantes et le raffermissement du dollar. Également, soutenues par la baisse des taux longs (le taux 10 ans allemand baisse de 3 bps sur la semaine), les actions européennes font la course en tête (Ibex + 2,9 %, Footsie 2,6 %).

A noter, la performance encore exceptionnelle du Kospi coréen qui progresse de 5,5 % et porte son avance à 37,8 % depuis le début de l’année, toujours soutenu par ses champions des semi-conducteurs (SK Hynix +7,84 %). Le pétrole poursuit son rebond (+5,7 %), les traders intégrant désormais une prime de risque liée au risque de fermeture du détroit d’Ormuz (où circule quotidiennement 20% de la consommation mondiale de pétrole). A noter que les marchés actions et obligataires chinois ont été fermés toute la semaine en raison du nouvel an chinois.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Malgré la hausse des marchés actions la semaine dernière, notre baromètre de marché ne se détend pas significativement (-2 points à 31,48) et reste au-dessus de notre premier indicateur d’alerte (30). La moyenne mobile à 30 jours poursuit sa progression et passe également au-dessus de la première zone de vigilance (30). Nous avions conseillé de s’appuyer sur le maintien de l’indicateur en-dessous de 30 pour acheter les marchés actions sur repli. La progression continue de la moyenne mobile à 30 jours désormais au-dessus de 30, couplée au dépassement des indices européens de leur plus haut historique, nous conduisent désormais à davantage de prudence à court terme.

Passer à l’action

Mise au second plan par la décision de la Cour suprême, la publication des PMI de février pour la Zone euro mérite que l’on s’y attarde. Si la publication pour la France a déçu (le secteur industriel retombe sous les 50), le PMI manufacturier pour l’Allemagne a surpris positivement à 50.7 contre 49.1. Dans l’ensemble, le PMI composite de la Zone euro pour février a été publié à 51.9 et n’est désormais devancé que très légèrement par le PMI composite des Etats-Unis (52.3). Un signe, à confirmer néanmoins, que la croissance en Zone euro pourrait faire jeu égal avec celle des Etats-Unis en 2026.

Nous maintenons notre préférence aux actions européennes, mais devenons prudent à court terme en passant neutre sur les actions.

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