Commentaire de marché

2026, l’année du stock picking dans l’IA ?

Traditionnellement, en fin d’année, lors des traditionnelles prédictions pour l’année suivante, les stratèges cherchent avec frénésie à imaginer les thèmes qui domineront les marchés financiers au cours de la nouvelle année. Après six semaines écoulées en 2026, le narratif de cette année semble se préciser au travers des brumes des évolutions boursières de ces dernières semaines.

Le cœur et le moteur de la hausse des actions depuis 2023 ont été l’émergence de l’IA de manière indiscriminée, comme l’illustre le phénomène de rebranding IA où le seul fait de changer son nom ou de mentionner l’IA permettait à des entreprises inconnues de flamber en bourse. Les entreprises les plus symboliques de cette nouvelle ère IA, « les 7 magnifiques », ont vu en moyenne leur valeur être multipliée par 3,5 sur ces 3 années.

Cette première phase de l’ère IA se termine actuellement. Comme nous l’écrivions la semaine dernière, la course effrénée à l’investissement fait craindre que l’ensemble des investissements accumulés ne soient finalement pas tous rentables. Déjà Apple, souvent visionnaire, a décidé de descendre du train en sous-traitant une grande partie de son offre IA à Google. Les 4 M.A.M.A. de l’IA (Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon) mettent, en revanche, les bouchées doubles pour s’assurer un prochain leadership. C’est une question de survie, à l’image des investissements massifs de Google dans Android dès 2005 pour s’assurer le leadership de la recherche sur Internet depuis les smartphones (70% de part de marché aujourd’hui). Où en serait Google si l’entreprise n’avait pas investi 100 milliards de dollars pour acquérir et développer Android ?

C’est la même logique qui s’applique aujourd’hui, sauf que les montants sont beaucoup plus importants (655Mds $ pour les M.A.M.A. pour la seule année 2026) et que le développement de l’IA touche un bien plus grand nombre d’entreprises. La deuxième phase boursière de la révolution IA est en train d’émerger. Pour résumer, les gagnants actuels sont les fabricants de composants indispensables à la mise au point des modèles d’IA. Un exemple parmi d’autres, en décembre, Micron, l’un des trois seuls fabricants de puces DRAM avec les Coréens Samsung et SK Hynix, a annoncé se retirer du marché grand public pour privilégier ses clients stratégiques de l’IA (ce qui va, mais c’est un autre sujet, impacter à la hausse les prix de l’électronique grand public). Samsung Electronics progresse en bourse de 51% depuis le début de l’année grâce aux perspectives de sa nouvelle puce HBM4 que l’entreprise va vendre entre autres à Nvidia.

A l’autre bout de la chaîne, les autres gagnants sont les entreprises qui utiliseront l’IA pour améliorer leur productivité (Caterpillar) ou les services offerts aux clients (Walmart). Entre les deux, se trouvent les entreprises dont on ne sait pas encore très bien si elles seront gagnantes ou perdantes de cette révolution, comme l’illustre la chute des éditeurs de logiciels en bourse. D’un côté, l’IA va aider ces entreprises à augmenter leur productivité notamment en leur permettant d’accélérer la programmation de leurs logiciels, mais de l’autre la démocratisation de l’IA, fait craindre qu’à terme, un agent unique puisse remplacer l’ensemble des logiciels. Autre point d’attention, les entreprises de logiciels sont traditionnellement des entreprises endettées car très tôt les banques et fonds de dettes privées se sont intéressées à elles du fait de la récurrence de leurs revenus (les logiciels étant souvent distribués via des abonnements). Aujourd’hui la chute du secteur des logiciels se répercute par effet de domino sur les banques (-5% sur les banques américains la semaine dernière)

En conclusion, il ne suffit plus aujourd’hui à une entreprise d’affirmer qu’elle investit ou intègre l’IA dans son processus de fabrication, elle doit désormais être capable de démontrer comment l’IA va lui permettre de développer ou maintenir sa part de marché. Après une phase d’exubérance indiscriminée, les investisseurs entrent donc en 2026 dans une phase de sélectivité, le problème étant qu’à ce stade il est impossible d’identifier avec certitude quels seront les gagnants et les perdants de cette révolution technologique en cours. La volatilité entre secteurs et entre entreprises sera le marqueur de l’année boursière 2026.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 13 février 2026

Ce qu’il faut en retenir

La semaine dernière sur les marchés boursiers illustre ce début d’année : performance des actions asiatiques (hors Chine) grâce à l’IA et volonté des investisseurs de diversifier leur risque hors des actifs américains. Le Kospi coréen s’est ainsi envolé de +8,2%, toujours tiré à la hausse par Samsung (+14%) et les perspectives de développement de sa puce HBM4.

A l’inverse, les actions américaines sont à la peine (Nasdaq -2.1%), les investisseurs préférant jouer en bourse les fabricants de puces ou les entreprises traditionnelles utilisant l’IA que les développeurs d’agents IA ou les éditeurs de logiciels directement menacés par les premiers.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre des marchés

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Notre baromètre des marchés indique une légère montée des risques sur la semaine dernière en repassant légèrement au-dessus de 30. Par ailleurs, la moyenne mobile à 30 jours poursuit sa remontée, signe d’un début de nervosité des investisseurs. A ce stade toutefois, l’indicateur n’indique pas de correction majeure à court terme. Les replis de marchés pourront continuer à être joués pour se renforcer.

Passer à l’action

Les rotations sectorielles autour de la thématique IA se sont poursuivies au cours de la semaine passée. Les marchés actions américains n’ont pas fondamentalement réagi vendredi à la publication de l’inflation à la consommation sur janvier (+2.4% contre +2.5% attendu) au contraire des marchés obligataires (-15 bps sur le 10 ans US à 4.05%) qui ont semblé voir, dans la modération de la hausse des prix, le motif rêvé pour le nouveau président de la FED de baisser les taux à partir de juin (les investisseurs anticipant dorénavant plus de deux baisses de taux soit -63bps). La publication de ce vendredi est toutefois entachée d’ajustements statistiques majeurs du fait du shutdown de fin d’année et des perturbations climatiques, rendant impossible une lecture claire de l’inflation en ce début d’année.

Au sein des indices américains, nous maintenons notre préférence pour l’indice S&P 500 équipondéré (+5.77% contre 0% pour le S&P 500). Au niveau international, nous maintenons notre préférence pour les actions émergentes et les actions asiatiques notamment.

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