Commentaire de marché

Le S&P 500, contre vents et marées

Il en va des marchés financiers comme de la vie. La vérité d’un jour n’est pas celle de demain. Nous écrivions en mars, en plein conflit iranien, que les investisseurs n’avaient d’yeux que pour l’évolution du cours du pétrole. Chaque soubresaut du prix de l’or noir faisait vaciller les indices actions mondiaux. La perception des investisseurs a complètement évolué même si de facto le détroit d’Ormuz reste fermé à la navigation et que le risque de pénurie de pétrole reste inchangé.

Le prix du baril de pétrole a flambé la semaine dernière (+8,5 % pour le WTI à 102$) tandis que le S&P 500 inscrivait, vendredi, son 6ème record historique du trimestre (+0,9 % sur la semaine et +6 % depuis le début de l’année). L’explication à ce paradoxe apparent tient au fait que les investisseurs ont délaissé, peut-être provisoirement, la crainte géopolitique, pour se concentrer sur les résultats microéconomiques des sociétés américaines qui, il faut le dire clairement, sont exceptionnels. Le conflit iranien n’est certes pas réglé, mais au moins, pour les investisseurs, la situation est stabilisée avec et c’est l’essentiel, un arrêt des destructions des infrastructures dans le golfe Persique. La hausse du prix du pétrole risque toutefois de se poursuivre avec un vrai risque de pénurie mondiale qui se profile. Les derniers échanges entre américains et iraniens ne plaident pas pour l’optimisme avec une intransigeance affichée par les deux parties.

Avec une situation figée au Moyen-Orient, les investisseurs ont donc porté leur attention sur les résultats des entreprises au premier trimestre. Cette diversion est d’autant plus alléchante que la saison s’annonce historique en termes de qualité. Au 1er mai, 63% des entreprises du S&P 500 avaient publié leur résultat. 84% des sociétés ont reporté des résultats par action supérieurs en moyenne de 20,7 % aux attentes des analystes, ce qui constitue le meilleur trimestre en termes de bonnes nouvelles depuis cinq ans. Sur un an, la progression des résultats des entreprises du S&P 500 serait donc de 27% (record depuis le quatrième trimestre 2021). Pour l’anecdote, le PIB américain a progressé en valeur (avec l’inflation) de seulement 6% sur cette même période.

Ces bonnes publications ne concernent pas uniquement le secteur technologique, puisque 9 des 11 secteurs du S&P 500 affichent des progressions annuelles des bénéfices par action, dont les secteurs liés à la consommation ou à la construction. Evidemment, la semaine dernière a été marquée par la publication des M.A.M.A (Microsoft, Amazon, Meta et Alphabet) dont les performances ont permis aux valeurs technologiques de prendre un nouvel élan. Les quatre sociétés ont affiché de très bons résultats avec des revenus publiés au-dessus des attentes de l’ordre de 2 % à 3 %. La légère déception est venue de Meta qui a annoncé une hausse de ses Capex déjà très élevé de 125 à 145Md$ contre une fourchette prévue initialement de 115 à 135Md$. Pour autant, cette déception n’en est pas vraiment une dans la mesure où ces nouvelles dépenses vont encore doper les chiffres d’affaires des entreprises de l’infrastructure IA.

A l’inverse, les dépenses effrénées des M.A.M.A vont cette année conduire ces sociétés à afficher des cash-flows négatifs, ce qui pourrait, en cas de dépréciation future d’actifs, peser sur la valorisation de ces sociétés dont le poids combiné dans le S&P 500 de ces quatre seules sociétés est de 15 %. La belle dynamique du secteur technologique ne profite pas aux indices européens largement sous-exposés sur ce secteur. L’Euro Stoxx 50 reste ainsi stable la semaine dernière (+0,1 %). Les publications macroéconomiques n’ont pas aidé non plus l’Europe à retrouver des couleurs auprès des investisseurs. Le PIB de la Zone euro est ressorti pour le premier trimestre 2026 en légère progression de +0,1 % contre 0,2 % attendu. Même en léger repli par rapport aux attentes, le PIB américain fait mieux avec une croissance de +0,5 % sur le trimestre, tiré par les dépenses des consommateurs et l’investissement des entreprises.

Soutenus par une économie américaine toujours résiliente, des entreprises bien gérées et un boom du secteur technologique, les indices américains continuent à faire le pied-de-nez aux pessimistes qui s’alarment des risques géopolitiques et du ralentissement économique qui s’annonce. La fin de la saison des publications au cours du mois devrait laisser le marché orphelin d’un catalyseur pour justifier une poursuite de la hausse. 2026 pourrait bien voir le retour du fameux adage boursier : « sell in may and go away ».

Performance des marchés à la clôture du vendredi 1er mai 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 1er mai 2026

Ce qu’il faut en retenir

Pétrole et actions en tête des progressions de la semaine écoulée. Voici qui étonnant dans un contexte où le conflit en Iran n’est toujours pas réglé. La qualité des publications trimestrielles explique la performance des actions principalement américaines. La hausse du prix du baril sur la semaine (le Brent a dépassé 126 $ jeudi, un sommet de quatre ans) peut s’expliquer par l’absence d’avancée dans la résolution du conflit et la perception par les investisseurs que le marché pétrolier se dirige tout droit vers une pénurie à mesure que les stocks s’épuisent (-8,5 millions de baril de gasoline aux Etats-Unis, onzième semaine de baisse consécutive).

Parmi les progressions de la semaine, le Yen qui a fait l’objet d’une intervention de la Banque du Japon jeudi pour préserver le seuil 160 yens par dollar.

Du côté obligataire, nous avons assisté à une forte poussée de fièvre en milieu de semaine en lien avec la hausse du prix du pétrole. Le 10 ans allemand est ainsi brièvement repassé au-dessus de 3,10 % avant de terminer la semaine à 3,03 %.

La hausse des prix de l’énergie commence à se faire sentir au niveau des indices d’inflation. L’inflation en Zone euro pour avril a été publiée jeudi à 3 % en rythme annuel (2,6 % en mars). Toutefois l’inflation hors énergie et alimentation est restée plus stable à 2,1 % contre 2,2% en mars.

La BCE a réagi la semaine dernière avec une déclaration de Christine Lagarde qui a indiqué que l’inflation restera « certainement » bien au-dessus de 2% à court terme et que cette situation « s'écarte » de son scénario de base, ce qui sous-entend que la BCE ne restera pas figée au cours des prochaines réunions. Les investisseurs s’attendent à une hausse de 75 bps sur l’ensemble de l’année 2026 avec une première hausse de 25 bps dès le meeting de juin au cours duquel les nouvelles prévisions d’inflation et de croissance de la BCE devraient être annoncées.

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