Dette française : On se calme et on boit frais chez les Français

Les taux français se stabilisent

La semaine a été volatile sur les taux français, avec un pic atteint jeudi matin pour le taux à dix ans, à 4,95 %, puis une détente en fin de semaine. Au final, le rendement de l’OAT à dix ans a clôturé la semaine quasiment stable, à 4,86 %. L’écart avec l’Allemagne est très légèrement redescendu à 136 points de base, contre 141 le vendredi précédent.

À ce stade, on ne peut donc pas réellement parler de détente, mais plutôt de stabilisation sur le front des taux en France. Le Trésor français compte ses alliés et a mobilisé ses soutiens traditionnels, les banques et les assureurs français, pour expliquer que la situation était sous contrôle. À l’image d’Amundi (Crédit Agricole), dont le directeur des investissements s’est exprimé pour expliquer au marché que le cas français n’était pas si grave et qu’il convenait désormais d’acheter des emprunts français 😊. Même le Rassemblement national s’y est mis. À l’occasion de la présentation de son contre-budget, Marine Le Pen a déclaré que son projet visait à ce que « les marchés puissent à nouveau considérer la France comme un partenaire fiable ». Les médias anglo-saxons se sont fait l’écho des propositions de la favorite à l’élection présidentielle française, tout en relevant malicieusement que les nouvelles dépenses de ce contre-budget étaient davantage documentées que les économies.

Le budget à l’épreuve du Parlement

Toutefois, tout ce qui précède relève, à nos yeux, de la gesticulation. Le plus important va se passer cette semaine à l’Assemblée nationale. Le débat en séance publique, qui commence mardi, risque de remettre l’impasse budgétaire française sous le feu des projecteurs. Les investisseurs anglo-saxons ont d’ailleurs trouvé un nouvel acronyme pour désigner la situation de la France : FROGS, pour « French Oversized Government and Social Security ». Comprenez : « État et Sécurité sociale français surdimensionnés ».

Le projet de loi de finances fait l’objet, depuis mercredi dernier, des premiers arbitrages en commission des finances, avant le début de l’examen en séance publique mardi. Déjà 1 870 amendements ont été déposés. Dès le début des discussions, les députés de la commission des finances ont supprimé du projet gouvernemental — geste symbolique fort — l’article liminaire qui fixe l’objectif de déficit public pour l’an prochain. La suite des débats a consisté à déconstruire méthodiquement les économies prévues par le projet de loi, notamment en rejetant le plafonnement de l’abattement fiscal des retraités et la suppression de certaines niches fiscales.

En parallèle des débats budgétaires aura lieu, le 23 octobre, la revue de notation de l’agence Moody’s. Celle-ci note actuellement la France Aa3, avec une perspective négative, soit un cran au-dessus de S&P et Fitch, qui lui attribuent toutes deux la note A+. Nous estimons probable une dégradation de la note de Moody’s à A1. Une telle décision pourrait exercer une nouvelle pression sur la dette française, même si le gouvernement rappellera sans doute, comme à chaque fois, que la note reste élevée. Après Moody’s, ce sera à S&P de publier sa revue de notation, le 27 novembre. Nous nous attendons à un passage de sa perspective de stable à négative.

Les obligations américaines retrouvent des acheteurs

L’accalmie sur les taux n’est pas uniquement française : elle est mondiale. Aux États-Unis, le taux à dix ans, après avoir progressé jusqu’à 5,35 % jeudi, est retombé à 5,24 % vendredi en clôture. Ce mouvement de baisse des taux américains en fin de semaine s’explique, à notre avis, par la réussite des placements de titres du Trésor américain, même si cela s’est fait en payant le prix fort : plus de 5 % pour une émission de 39 milliards de dollars à dix ans, un record depuis 2007, et 5,62 % pour 22 milliards de dollars à trente ans, un record depuis 2000. Le placement sans difficulté d’émissions à des échéances aussi lointaines peut suggérer qu’à ces niveaux de rendement, les investisseurs retrouvent un intérêt pour ces obligations. C’est en tout cas l’interprétation qu’en a fait le marché, même si, dans les faits, il est impossible aujourd’hui de savoir si cette sursouscription a été téléguidée par le Trésor américain ou s’il s’agit d’un appétit réel.

Énergie : les annonces peinent à faire baisser les prix

Les perspectives de stabilisation des prix de l’énergie ont également contribué à l’accalmie sur les taux la semaine passée. Comme nous en avons souvent parlé ici, nous estimons que la progression des taux d’intérêt depuis le début de l’année est principalement la conséquence d’un nouvel équilibre entre épargne et investissement au niveau mondial. La hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran a toutefois été le détonateur de ce mouvement. Un apaisement sur ce front permettrait sans doute aux taux d’intérêt mondiaux de baisser, au moins à court terme.

Cette baisse, attendue par tous, tarde à venir. Donald Trump, qui a désespérément besoin d’une essence moins chère avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, cherche des solutions. Après avoir fait son deuil d’un accord rapide avec l’Iran, le président américain a élargi son horizon en mettant la pression sur les Européens pour qu’ils libèrent rapidement leurs stocks de diesel. La demande a été exaucée par le G7, qui s’est engagé à libérer jusqu’à 100 millions de barils de brut et de produits pétroliers, avec une priorité donnée au diesel. La France a, pour sa part, annoncé la mise à disposition de 10 millions de barils de diesel.

Autre initiative précipitée du président américain : l’annonce d’un accord de livraison de diesel russe vers les États-Unis, rapidement présenté comme un cessez-le-feu énergétique pour ne pas laisser croire que les Américains abandonnaient complètement les Ukrainiens pour quelques barils de carburant. Avant cela, le président américain avait déclaré sur son réseau social Truth Social que les États-Unis n’attaqueraient pas l’Iran avant les élections de mi-mandat. Cette déclaration, qui contredit ses propos des semaines précédentes, visait à démentir les rumeurs d’une intervention américaine, alimentées par un article de The Atlantic, qui avaient fait grimper les cours du brut.

Toutes ces initiatives, qui apparaissent comme autant d’actions désespérées pour faire baisser rapidement le prix des produits raffinés, semblent toutefois avoir peu d’effet sur les prix. Cette rigidité des prix de l’énergie pourrait s’expliquer par le déplacement d’une partie du problème vers le coût du fret. Affréter un supertanker pour transporter du brut américain vers l’Asie coûte désormais 77 millions de dollars, contre 9,2 millions de dollars en moyenne en 2025, soit environ 38,50 dollars par baril.

L’intelligence artificielle soutient toujours les actions

Du côté des actions, les marchés européens ont continué à reculer sous l’effet retardé de la hausse des rendements des dettes souveraines de la zone euro. Les marchés américains, toujours dominants, ont toutefois connu un léger accès de faiblesse en fin de semaine sur le compartiment technologique, à la suite de doutes sur le chiffre d’affaires d’OpenAI dans la perspective de son entrée en Bourse.

Rien de grave pour autant. Les résultats stratosphériques annoncés la semaine dernière par Samsung ont rappelé aux investisseurs l’ampleur de la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle. Le géant sud-coréen prévoit le bénéfice opérationnel trimestriel le plus élevé de son histoire : sur la période de juillet à septembre, il estime celui-ci à l’équivalent de 80,2 milliards de dollars, soit une hausse d’environ 783 % sur un an. Sur l’ensemble de l’année 2026, l’entreprise devrait réaliser l’équivalent de 225 milliards de dollars de bénéfice, grâce surtout à sa place parmi les grands producteurs mondiaux de mémoires DRAM et HBM, utilisées dans les serveurs nécessaires aux calculs de l’IA.

Les bénéfices des entreprises attendus au rendez-vous

La saison des résultats d’entreprises va réellement débuter cette semaine. Les investisseurs espèrent que la qualité des publications soutiendra la résistance des actions dans un contexte macroéconomique troublé par la crise énergétique et le niveau des taux d’intérêt.

Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, les prévisions de résultats des entreprises américaines ont été encore relevées de 1,4 % par les analystes au cours du trimestre. Dans le détail, ces révisions à la hausse concernent les secteurs de l’énergie (+18 %), qui a profité de la hausse des prix du pétrole, et de la technologie (+3,5 %). Tous les autres secteurs ont vu leurs prévisions de bénéfices pour le troisième trimestre diminuer, notamment les matériaux (−10,2 %) et les biens de consommation de base (−4 %).

Les attentes restent élevées : les bénéfices des entreprises du S&P 500 sont attendus en progression de 29,5 % sur un an. Les principaux contributeurs seraient l’énergie (+114 %), suivie de la technologie (+65 %) et des services de communication (+51,5 %).

En Europe, selon le consensus I/B/E/S, les bénéfices des entreprises du STOXX Europe 600 sont attendus en progression de 21 % sur un an, mais de seulement 9,7 % en excluant le secteur de l’énergie.

Les publications vont donc débuter cette semaine. En Europe, LVMH et Christian Dior sont notamment à suivre, puis ASML mercredi et Schneider Electric vendredi. Aux États-Unis, ce sont traditionnellement les banques qui ouvrent le bal, avec JPMorgan, Goldman Sachs et Citigroup mardi, suivies de Bank of America et de Morgan Stanley mercredi.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 09 octobre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 09 octobre 2026

Ce qu’il faut en retenir

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Wall Street avance sur un terrain de plus en plus étroit

La semaine du 5 au 9 octobre prolonge la divergence entre les grandes actions américaines et les marchés de la zone euro. Le S&P 500 gagne 1,2 %, le Nasdaq Composite 0,6 % et le Dow Jones 0,9 %. Les records des grands indices ne disent toutefois pas tout : le Russell 2000, qui représente les petites capitalisations américaines, recule de 0,9 % sur la semaine.

Cette différence mérite notre attention. La hausse reste portée par des entreprises capables de profiter de l’investissement dans l’intelligence artificielle, tandis que le coût du financement pèse davantage sur les sociétés plus petites. Dans l’ensemble, les marchés actions continuent de compter sur la croissance des bénéfices pour absorber la hausse des taux.

La secousse de jeudi autour des revenus d’OpenAI rappelle néanmoins que cet équilibre dépend d’attentes exigeantes. Les perspectives publiées par Samsung confirment la vigueur de la demande, mais ne signifient bien entendu pas que tous les investissements dans l’IA seront rentables. Pour l’actionnaire, la question devient aussi celle du prix payé pour participer à cette croissance.

L’Europe pénalisée par les taux et par ses grandes valeurs

Le CAC 40 perd 1,2 % sur la semaine, l’Euro Stoxx 50 environ 1,0 % et le DAX 0,6 %. Le rebond de vendredi apporte un soulagement, sans effacer les pertes. Il faut cependant distinguer la zone euro de l’ensemble du marché européen : le STOXX Europe 600 termine légèrement positif, à +0,1 %.

La situation française pèse sur les banques, tandis que l’énergie chère pénalise les entreprises qui la consomment et le pouvoir d’achat de leurs clients. À ces contraintes s’ajoutent des événements propres à certaines grandes valeurs. Schneider Electric a perdu près de 10 % lundi après l’annonce du rachat de l’éditeur de logiciels industriels PTC, pour 22,6 milliards de dollars. L’opération doit être financée par de nouvelles actions et par de la dette. Le marché sanctionne le coût et le risque d’exécution de ce projet, pourtant cohérent avec le développement du groupe dans les logiciels industriels.

Vendredi, le secteur des télécoms a également souffert de l’annonce de l’acquisition de licences de fréquences américaines par SpaceX. L’arrivée de la société d’Elon Musk sur le terrain de jeu des opérateurs télécoms est de nature à rebattre les cartes dans un secteur déjà fragilisé. Orange a reculé de 2,5 %, Vodafone de 4,9 % et Telefónica de 4,6 % dans la séance. Même des activités habituellement considérées comme défensives peuvent être fragilisées par l’arrivée d’un concurrent.

L’euro reste faible et l’énergie ne se détend pas durablement

L’euro termine autour de 1,12 dollar, après un passage à 1,1161 lundi, son plus bas depuis dix-sept mois. Il enregistre une cinquième semaine consécutive de baisse face au dollar. Les difficultés budgétaires françaises et le niveau des rendements américains entretiennent cette pression. Pour un investisseur européen, la devise continue ainsi d’influencer sensiblement la performance des placements en dollars non couverts contre le risque de change.

Gaz : la hausse se transmet aux ménages

Cela passe un peu inaperçu, mais le prix du gaz continue de progresser. Le gaz coté à Rotterdam gagne à nouveau 7,3 % sur la semaine, portant sa hausse à 185 % depuis le début de l’année. Selon les estimations de Goldman Sachs, les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le Golfe ne représentent encore qu’environ 15 à 25 % de leur niveau d’avant-guerre. En France, le prix repère du gaz pour les particuliers pourrait encore augmenter de 6,6 % au 1er novembre, après 5,6 % en septembre et 6,3 % en octobre. Cette estimation pour novembre reste à confirmer par la CRE. La hausse concernerait plus de six millions de foyers dont les contrats sont indexés sur ce prix repère ; les offres à prix fixe ne sont pas concernées.

Au Brésil, la perspective politique fait bondir les actifs

Le Brésil se distingue avec une hausse de 8,8 % de l’Ibovespa sur la semaine, à un nouveau record. Le dollar recule de 4,4 % face au real. Les investisseurs anticipent une politique budgétaire plus rigoureuse en cas de victoire de Flávio Bolsonaro, arrivé devant Lula au premier tour de la présidentielle. Le mouvement reste une anticipation : l’élection n’est pas jouée et la capacité du futur gouvernement à appliquer ses mesures demeure déterminante. Toutefois, en cas de victoire de Flávio Bolsonaro dans deux semaines, nous estimons probable que l’indice des actions brésiliennes poursuive sa tendance haussière.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre renard du 09 octobre 2026

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Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

La stabilisation des taux d’intérêt et des actions a eu un impact bénéfique sur notre baromètre, qui reste stable sur la semaine à 28. Notre indicateur suggère que les investisseurs restent attentifs à une éventuelle…[lire la suite]