Moody’s offre un répit à la dette française

L’événement de la semaine pour la France, se situait vendredi soir. La décision de l’agence Moody’s concernant la note souveraine de la France. Dans le contexte particulier de défiance sur la dette de notre pays, la décision de l’agence américaine était attendue. On ne se souvient que trop bien de l’impact qu’ont eu par le passé les décisions d’abaissement de notations, pour ne pas être inquiets.

Finalement, les ministres de l’économie et du budget ont dû pousser un ouf de soulagement lorsque l’on a appris tard vendredi que l’agence Moody’s maintenait inchangée la note de la France tout en maintenant la perspective négative. Moody’s n’a certainement pas voulu porter la responsabilité d’être la première agence de notation à dégrader la note de la France dans ce contexte particulier. Une dégradation aurait pu, mettre le feu aux poudres et accentuer encore la défiance des investisseurs. L’agence Moody’s ne veut pas prendre cette responsabilité et préfère passer son tour. A un autre de prendre ce risque. Standard and Poors’ qui note la France un cran de moins (A+), se prononcera le 27 novembre.

Ce matin, nous constatons un léger apaisement sur le taux à 10 ans français qui repasse sous le seuil de 5% à 4,96%. L’écart avec le taux 10 ans allemand se détend de 5 points de base. Ce répit est appréciable après une semaine tourmentée. Jeudi dernier notamment, c’est à une véritable flambée du taux à 10 ans auquel nous avons assisté avec une poussée jusqu’à 5,13% et un écart de taux avec l’Allemagne atteignant 173 points de base.

La crédibilité budgétaire reste le principal défi

Les émeutes du week-end dernier, au-delà de leur coût financier direct, ont renforcé l’image dégradée de la France auprès des investisseurs étrangers, qui détiennent, rappelons-le, plus de 60% de la dette de l’État. Mais le plus grave reste l’impasse politique. Les investisseurs, en réalité, peuvent tolérer un endettement élevé s’il s’accompagne d’un engagement crédible à le réduire.   Aujourd’hui, malgré les efforts du gouvernement pour convaincre de son sérieux budgétaire, la fragmentation politique et l’approche des élections présidentielles rendement la crédibilité des engagements gouvernementaux très faible. Le vrai pouvoir reste à l’Assemblée nationale, où les partis, depuis le début du débat budgétaire dépècent méthodiquement le projet de loi de Finance 2027. Dans une publication sur X, Philippe Juvin, rapporteur général du budget, déplore ainsi l’ajout la semaine dernière de 17 milliards d’euros de crédits lors de l’examen du volet « dépenses » : 12 milliards pour l’écologie et 5 milliards pour la solidarité. 

Le reste de l’actualité sur les marchés est dominé par la poursuite de la hausse des prix de l’énergie et un décrochage des valeurs technologiques sur fond de crainte sur la poursuite du cycle d’investissement dans l’IA. Malgré ce contexte difficile, les marchés actions résistent bien grâce aux rotations sectorielles en faveur des valeurs défensives (santé et consommation) et à un début de saison de publication des résultats assez positif.

Meta : de bons résultats ne suffisent plus

La réaction à la publication de Meta résume le changement d’humeur des investisseurs. Les résultats sont très bons. Pourtant l’action Meta a chuté de 7% à la suite de cette publication. Le chiffre d’affaires a progressé de 26 % sur un an à 64,6 milliards de dollars. La dynamique publicitaire qui est au cœur des revenus de l’entreprise reste intacte avec une progression de 14 % du prix moyen de ses publicités. Son agent IA, Muse, lancé en Amérique du Nord, dépasse déjà les dix millions d’utilisateurs. Cet agent IA, sorte d’assistant personnel, destiné à accompagner les utilisateurs dans leurs tâches quotidiennes est une promesse de nouveaux revenus pour Meta grâce aux accords avec les sites marchands partenaires.

L’IA face à l’épreuve de la rentabilité

Quel est le problème ? Les investissements qui continuent à grimper et une absence de visibilité sur le développement de l’activité.  

Meta a relevé le plancher de son budget d’investissement pour 2026, désormais compris entre 135 et 145 milliards de dollars. Au troisième trimestre, son flux de trésorerie disponible devient négatif, à hauteur de 2,1 milliards de dollars : ses investissements dépassent la trésorerie générée par son activité.   Ce ne sont pas tant les investissements qui effraient les investisseurs que l’absence de visibilité sur leur rentabilité. Désormais, les marchés ne se contentent plus d’acheter l’idée, ils veulent, à défaut de résultats immédiats, comprendre quels revenus supplémentaires les capitaux engagés pourront générer. Et aujourd’hui, ni Meta, ni aucun de ses concurrents n’est capable d’apporter une vision chiffrée de la croissance permise par ces investissements massifs. 

Et pour cause, serait-on tenté d’écrire, car personne n’en sait rien ! Ou plutôt si, tout le monde le sait, mais tout le monde espère ou fait mine de croire que « this time is different ».  

Le précédent Internet : les pionniers ne sont pas toujours les gagnants

Dans chaque révolution technologique, certains investisseurs espèrent que « cette fois, c’est différent ». Or les pionniers ne sont pas nécessairement ceux qui en récoltent les fruits. Lors de la révolution Internet, des opérateurs d’infrastructures comme NTL, Global Crossing et 360networks ont sombré sous le poids de leur dette. Leurs réseaux ont survécu, mais leurs actionnaires ont subi de lourdes pertes. Sur un autre terrain, Netscape, Yahoo! et AOL ont perdu leur position dominante face à de nouveaux concurrents, notamment Google. Ce précédent ne signifie pas qu’aucun pionnier ne s’enrichit ; il rappelle que l’utilité d’une technologie ne garantit pas la rentabilité de tous ceux qui la financent. 

Une réalité va s’imposer. Les investissements passés dans l’IA seront rentables pour l’humanité dans la mesure où ils auront permis de lancer une technologie complètement nouvelle mais cruellement, ils ne le seront pas pour les entreprises qui en auront été à l’origine.  Une différence majeure avec la bulle Internet demeure : Google, Meta ou Microsoft disposent d’activités traditionnelles qui génèrent des revenus et une trésorerie considérables. Cette protection a toutefois ses limites. Le trimestre de Meta montre que les dépenses d’investissement peuvent désormais dépasser la trésorerie dégagée par l’exploitation. 

 

Cette évolution inquiète désormais les investisseurs qui peinent à distinguer ce qui relève de l’investissement maîtrisé et de la fuite entre concurrents craignant de se faire distancer.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 23 octobre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 23 octobre 2026

Ce qu’il faut en retenir

❝

La hausse de l’énergie et le retour du risque français dominent la semaine

Malgré les craintes sur le secteur technologique, sur la semaine écoulée le S&P 500 ne cède que 0,5 % et le Nasdaq Composite 0,7 %, tandis qu’emporté par les craintes sur la dette française, le CAC 40 perd 2,2 % et contribue à la baisse des autres places européennes (Euro Stoxx 50 2,2 % et le FTSE MIB 2,6 %).

À noter la progression de l’indice S&P 500 équipondéré (+1,48%) : les capitaux se déplacent à l’intérieur de la cote, des valeurs technologiques les plus recherchées vers des entreprises moins chères ou plus défensives.

La baisse des taux soutient les secteurs défensifs

La résistance des indices américains s’explique avant tout par la baisse des taux d’intérêt sur la semaine. Le taux d’intérêt à 10 ans est repassé sous les 5% jeudi à 4,99% en clôture vendredi. Cette baisse qui s’explique par la crainte des investisseurs d’un ralentissement des investissements IA a eu pour effet bénéfique de doper les actions des secteurs impactés négativement par les taux d’intérêt comme l’immobilier (+ 2,27%) ou le secteur des utilities (+2,85%) tandis que les entreprises du secteur énergétique (+2,20%) profitaient à nouveau de la hausse du prix du baril.

L’énergie poursuit son envolée

Le fait marquant de la semaine reste en effet la nouvelle envolée des prix de l’énergie. Le gaz européen TTF progresse encore de 7,2 % en cinq séances et affiche désormais une hausse de 233,3 % depuis le début de l’année. Le Brent gagne 6,2 % sur la semaine, soit 91,8 % depuis janvier. La progression des prix est directement liée aux nouvelles tensions sur les infrastructures saoudiennes et les transports maritimes au Moyen-Orient. Les frappes houthies sur le champ de Shaybah et l’aéroport de Dammam ont fait trois morts mercredi. Par ailleurs, selon le Wall Street Journal, les navires de guerre américains déployés au Moyen-Orient se préparent à une éventuelle nouvelle vague de frappes contre l’Iran dans les prochaines semaines. A bord du porte-avions USS George Washington, en mer d’Arabie, le journal a constaté un important réapprovisionnement en munitions, notamment des missiles de croisière destinés aux frappes terrestres et des bombes capables de pénétrer des cibles fortifiées.

L’or recule malgré les tensions

Le comportement de l’or mérite également d’être souligné. L’once perd 4,1 % sur la semaine et repasse sous 4000$. Le seuil de 4000$ est celui où les banques centrales avaient accéléré leurs achats en juillet.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre renard du 23 octobre 2026

❝

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Notre baromètre des marchés est stable sur la semaine (34) et se maintient au-dessus du premier seuil d’alerte (30). Comme nous l’avions décrit la semaine dernière, la hausse…[lire la suite]