Commentaire de marché

C’est notre guerre, mais votre problème.

En bondissant de respectivement 13 % et 19 % depuis le 30 mars, le S&P 500 et le Nasdaq ont laissé loin derrière les autres indices mondiaux. Seul le Kospi coréen avec ses deux mastodontes Samsung et SK Hynix fait mieux sur le mois (+25 %).

Alors que les indices actions européens surperformaient les indices américains avant la guerre en Iran, ce sont désormais les actions américaines qui font la course en tête en 2026 (+3,4 % en faveur du S&P 500 contre l’Euro Stoxx 50). Il reste ce sentiment étrange qu’à chaque crise, c’est toujours l’Oncle Sam qui tire les marrons du feu… même quand c’est lui qui est à l’origine de la crise en question. Je vous renvoie à cet égard à l’article de Tristan qui détaille l’histoire des crises financières et notamment celle de 2008 dans laquelle les Etats-Unis tiennent une place centrale.

Mais revenons à la situation actuelle et tentons de comprendre les raisons de cette surperformance récente des actifs américains. La première raison est d’ordre microéconomique. La progression des résultats du S&P 500 pour le premier trimestre 2026 est attendue à 15 % sur un an contre +3 % pour le MSCI Eurozone. Par ailleurs, les premiers résultats publiés montrent des bénéfices largement supérieurs aux attentes dans de nombreux secteurs (industrie, technologie, santé et matériaux de construction). Factset a même calculé que si la dynamique de résultat se maintenait à ce rythme (30% des sociétés ont publié), la marge nette de profit (13,4 %) s’établirait à son niveau le plus élevé depuis 2009.

Corporate America continue donc de tourner à plein régime, et la hausse du prix du galon d’essence depuis mars n’a pas enrayé la belle dynamique. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les remboursements d’impôts ont permis jusqu’à présent de compenser la hausse du coût de l’énergie pour le consommateur.  Du côté des entreprises, bien que la guerre en Iran accroisse l’incertitude, elle est aussi une source de commandes pour le secteur de la défense. Au niveau du secteur industriel dans son ensemble, la situation semble même étonnamment positive comme le montre l’enquête PMI auprès des entreprises du secteur manufacturier pour avril publiée à 54, son niveau le plus élevé depuis quatre ans. Toutefois, cette hausse provient pour une bonne part de la constitution de stocks de précaution face à la crise iranienne et à l’anticipation de la politique des droits de douane de l’administration Trump après juillet. L’économie américaine peut toujours compter sur les dépenses massives dans les infrastructures IA comme l’illustre la décision de Tesla, annoncée la semaine dernière, de porter ses investissements à 25 milliards de dollars en 2026 (contre 9 milliards en 2025). Même si l’impact global des dépenses d’IA sur la croissance américaine reste difficile à évaluer (on estime la contribution à 25 % minimum), les investisseurs se sont repositionnés massivement sur cette thématique en avril. Les fabricants de semi-conducteurs ont notamment été recherchés à la suite des très bons résultats des stars du secteur (Intel, Texas Instruments, etc…) contrairement aux fabricants de logiciels (Salesforce, Adobe…) qui sont pénalisés dans l’esprit des investisseurs par la concurrence des agents IA. La publication des M.A.M.A (Microsoft, Alphabet, Meta, Amazon), demain, 29 avril, donnera toutefois le ton sur la poursuite ou non du rallye sur les valeurs technologiques.

En comparaison, l’Europe semble à plusieurs niveaux à la traîne. Les premières publications de résultats d’entreprises ne sont pas fameuses (Accor, Saint-Gobain, Bureau Veritas…), les enquêtes de confiance, qu’elles proviennent des consommateurs ou des entreprises, chutent lourdement. L’enquête auprès des entreprises de la zone euro retombe à 48,6 en avril contre 50,7 en mars, marquant le premier recul de l’activité globale depuis seize mois. Tour à tour, les gouvernements de la zone euro revoient à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026. 0,5 % pour l’Allemagne contre 1 % prévu en janvier, 0,6 % pour l’Italie contre 0,7 %. La France, quant à elle a, de son côté a revu légèrement à la baisse sa prévision de croissance à 0,9 % contre 1 %, mais cette révision semble trop optimiste. Par ailleurs, sur le plan énergétique, l’Europe apparaît (à raison), comme davantage vulnérable que les Etats-Unis en cas de difficultés d’approvisionnement.

Le choc externe que représente la crise énergétique vient percuter de plein fouet une économie européenne déjà faible dont le seul moteur de croissance, la consommation des ménages, sera inévitablement impacté par la hausse de l’inflation. Pour reprendre la fameuse citation du secrétaire au Trésor américain John Connally au début des années 70, « Our dollar, your problem », on pourrait faire dire aux Américains à propos du conflit en Iran que c’est « notre guerre, mais votre problème ».

Performance des marchés à la clôture du lundi 27 avril 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 27 avril 2026

Ce qu’il faut en retenir

La performance des actions américaines en avril est exceptionnelle. Portée par le secteur de la technologie et en particulier le secteur des semi-conducteurs, les indices américains se sont envolés depuis l’annonce d’un cessez-le-feu en Iran. L’indice SOX (Philadelphia Semiconductor Index) a progressé de façon continue de 49 % depuis le 30 mars, avec pas moins de 18 séances de hausse de suite. Même histoire avec le Kospi coréen qui progresse de 25 % sur le mois (57% depuis le début de l’année, porté par ses deux sociétés emblématiques (Samsung Electronics +85 % et SK Hynix +100 % depuis le début de l’année).

Depuis le début de l’année, 16 des 20 meilleures performances du S&P proviennent de sociétés bénéficiaires directes des investissements dans l’infrastructure IA comme Sandisk +285 % ou Western Digital +117 %.

Les actions américaines bénéficient également du très bon démarrage de la saison des résultats du premier trimestre 2026. 84 % des sociétés ayant publié (28 % de l’indice S&P 500) affichent des résultats supérieurs aux attentes de manière significative (12,3 % au-dessus des attentes). Ces bons résultats permettent d’espérer une croissance des BPA (bénéfices par action) sur le trimestre de 15 % contre 13 % attendu fin mars.

A l’inverse, l’Europe, même en progression sensible sur le mois, fait grise mine du fait de la sous-exposition relative des indices à la technologie.

Du côté des taux, aucune euphorie. Le marché obligataire reste préoccupé par la fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences sur les prix et l’approvisionnement du monde en pétrole. Ce choc externe aura des conséquences à la hausse sur l’inflation mais aussi sur les finances publiques en retardant encore davantage l’ajustement nécessaire sur les dettes publiques. Dans ce contexte, les taux ont légèrement diminué sur le mois mais leur évolution reste très dépendante (davantage que les actions désormais) de la situation du conflit iranien.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre renard du 27 avril 2026

Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Légère détente (-2 points) de notre indicateur depuis le 17 avril. Nous notons que les indices actions américains[lire la suite]

Que faire sur les marchés au 28 avril 2026 ?

L’annonce du cessez-le-feu a permis aux investisseurs d’écarter le risque extrême d’un embrasement généralisé […lire la suite]

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