Commentaire de marché
Trump vise l’asphyxie économique du régime
Les marchés actions ont poussé un ouf de soulagement mercredi dernier à l’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours et de l’ouverture de négociations à Islamabad (Pakistan) entre l’Iran et les États-Unis. Les marchés actions sont revenus à quelques encablures de leur niveau précédent le début du conflit (cf. performance des marchés). De façon pragmatique, l’essentiel pour les investisseurs est que les destructions de capacité de production d’hydrocarbures, voire d’usine de dessalement, cessent, afin de pouvoir envisager, au plus vite, un retour à la situation commerciale d’avant conflit.
Ce matin, à l’issue d’un premier round de négociations de 21 heures qui s’est terminé avec le départ des Américains, la situation reste tendue mais, et c’est le principal pour les investisseurs, le fil de la discussion n’est pas coupé. Les marchés actions asiatiques clôturent ce matin dans le rouge, mais les replis restent limités (Nikkei -0,73 %). Pareil en Europe avec une ouverture qui s’annonce légèrement négative (-1,35 %). Du côté du pétrole, les choses sont moins claires avec un baril WTI à 104 $ en hausse de 8%, finalement assez proche de son record de la semaine dernière à 116 $.
Selon CNN, la délégation américaine a présenté ses lignes rouges qui ont été rejetées par la partie iranienne. Ces exigences américaines sont les suivantes :
Mettre fin à tout son enrichissement d'uranium
Démanteler ses principales installations d'enrichissement nucléaire, qui ont été gravement endommagées lors d'un bombardement américain en juin dernier
Récupérer les plus de 400 kilogrammes d'uranium hautement enrichi qui seraient enfouis sous terre
Accepter un cadre plus large de « paix, sécurité et désescalade » incluant les alliés régionaux
Mettre fin au financement des groupes terroristes mandataires que sont le Hamas, le Hezbollah et les Houthis
Ouvrir pleinement le détroit d'Ormuz et ne percevoir aucun péage pour le passage
Les exigences américaines semblent (pour une fois) cohérentes avec les enjeux énoncés lors du déclenchement du conflit. Elles sont cependant inacceptables pour le régime iranien dont le narratif de la victoire du faible contre le fort a été validé par l’accord de cessez-le-feu obtenu la semaine dernière. Face à cette suspension des négociations, les Etats-Unis ont tenté dimanche de reprendre la main en annonçant un blocus du détroit d’Ormuz (à partir de 16h aujourd’hui) à tout navire quittant ou à destination d’un port iranien. Les Iraniens proposant à peu près la même chose pour les autres ports du golfe Persique, la situation est complètement figée ce matin.
Après avoir été confrontés aux limites de la stratégie du tout militaire, Donald Trump semble peut-être s’orienter vers une stratégie d’asphyxie économique.
Deux destroyers américains ont semble-t-il franchi, samedi, le détroit d’Ormuz dans un sens et dans l’autre, pour selon Donald Trump, lancer le chantier du déminage. Des drones sous-marins devraient être déployés à cet effet rapidement. L’objectif des Américains est de réduire drastiquement les sources de revenu du régime à l’image de la stratégie suivie au Vénézuéla où le 16 décembre, Donald Trump avait annoncé un blocus de tous les tankers transportant du pétrole. Cette stratégie comporte des risques importants, notamment le risque d’un incident militaire ou dans un autre registre celui de se brouiller encore un peu davantage avec la Chine très dépendante du pétrole iranien. Seul gagnant certain à ce nouvel épisode, la Russie qui affirme même, ne plus avoir à vendre son pétrole avec un rabais mais au contraire parfois plus cher.
Cette stratégie d’asphyxie économique sera toutefois longue à porter ses fruits et pendant ce temps, le monde devra apprendre à vivre avec un prix du baril largement plus élevé qu’auparavant. Les marchés obligataires ont parfaitement compris ce qui se jouait actuellement et, contrairement aux marchés actions un peu trop enthousiastes, les taux ont repris le chemin de la hausse dès jeudi. Un pétrole cher durablement aura des conséquences économiques et budgétaires qui ne semblent pas encore intégrées dans l’évaluation de la valeur des actions.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 10 avril 2026

Performances arrêtées au 10 avril 2026
Ce qu’il faut en retenir
Nous sommes pourtant loin du Happy End de la crise iranienne mais pour les marchés c’est tout comme. Suite à l’annonce mercredi matin d’un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, les marchés actions se sont envolés à travers le monde retraçant quasiment toute la baisse intervenue depuis les premières frappes américaines, le samedi 28 février. En alignant sept hausses consécutives, le S&P 500 est revenu à moins de 1% de son niveau la veille du déclenchement du conflit. Quant à la Zone euro, l’Euro Stoxx 50 a repris 4,2 % la semaine dernière, ce qui ramène l’indice à 3,5 % de son niveau avant le déclenchement des hostilités.
Il est à noter un fait intéressant dans cette crise boursière des dernières semaines : l’intensité des baisses journalières a été plus faible que les mouvements de hausse, ce qui est rare dans les phases de correction boursières. Ainsi, sur le S&P 500, les deux baisses les plus importantes en mars ont été de -1,74 % et -1,67 % (26 et 27 mars respectivement), alors que les rebonds ont été significativement plus forts (+2,91% le 31 mars, +2,51% le 08 avril). Ce schéma atypique pourrait être une nouvelle illustration du phénomène FOMO « Fear of Missing Out ». Dans un environnement financier d’épargne abondante, les investisseurs craignent avant tout de rester en dehors du marché et d’un éventuel rebond.
A noter la belle progression du Bitcoin la semaine dernière (+7,1 %). Cependant celle-ci n’est pas forcément porteuse d’espoir pour le développement des cryptomonnaies car semaine après semaine, le Bitcoin confirme son statut de proxy risque et non de valeur refuge comme ses thuriféraires le présentent.
Il convient également de porter notre attention sur l’évolution des taux d’intérêt la semaine dernière. Immédiatement après l’annonce du cessez-le-feu, les taux se sont fortement détendus. Ainsi, le taux à 10 ans allemand qui avait dépassé 3,10 % à la fin mars était revenu à 2,90 % mercredi dernier. Toutefois, jeudi et vendredi les taux aux Etats-Unis et en Europe sont repartis fortement à la hausse. En cause, les chiffres d’inflation et une crainte de relèvement des taux par les banques centrales. Même si le chiffres d’inflation pour mars étaient attendus en hausse, leur publication vendredi a rappelé aux investisseurs obligataires les mauvais souvenirs de 2022. Ainsi, l’indice d’inflation aux Etats-Unis pour mars est ressorti en hausse sur un an de +3,3 % (2,4 % en février) sous l’impact essentiellement de la hausse des prix de l’énergie tandis que l’inflation « core » restait sous contrôle (2,6 % contre 2,5 % en février). L’Europe est bien entendu concernée également. L’inflation sur un an en Allemagne est ainsi passée en mars à 2,8 % contre 2 % en février.
Le prix du pétrole reste pour le moment proche de 100 $ le baril et donc très loin du niveau d’avant crise (autour de 65 $), son effet sur l’inflation va malheureusement se faire sentir tout au long de cette année.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 10 avril 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
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