Les marchés actions baissent, mais en bon ordre. Comme le montrent l’évolution récente de notre baromètre et celle du VIX, l’indice de volatilité du S&P 500, les investisseurs ne semblent pas céder à l’inquiétude. Ils continuent, pour l’instant, à faire confiance aux entreprises et à leur capacité à s’adapter, une nouvelle fois, à un environnement plus difficile.
Pour notre part, c’est davantage la hausse persistante des taux d’intérêt qui retient notre attention. Chaque jour ou presque, les taux longs européens et américains inscrivent de nouveaux points hauts. Et à mesure qu’ils progressent, les niveaux de rendement proposés par les obligations deviennent suffisamment attractifs pour concurrencer directement les marchés actions.
Le cas américain est particulièrement parlant. Avec un taux à 10 ans désormais proche de 5 %, un investisseur peut obtenir un rendement obligataire comparable, voire supérieur, au rendement bénéficiaire attendu du S&P 500 sur la base des profits anticipés à douze mois. Autrement dit, la prime offerte pour prendre le risque d’investir en actions américaines s’est considérablement réduite. Cela ne signifie évidemment pas que les actions américaines doivent nécessairement baisser. Pour continuer à justifier les niveaux actuels de valorisation, elles ont toutefois besoin d’un ingrédient essentiel : la poursuite de la croissance des bénéfices des entreprises au-delà des douze prochains mois.
Ce scénario est tout à fait possible. La croissance économique reste solide et les investissements liés à l’intelligence artificielle continuent notamment de soutenir les perspectives bénéficiaires de nombreuses entreprises. Mais l’alternative obligataire est devenue beaucoup plus crédible qu’elle ne l’était encore il y a quelques mois.
Il existe par ailleurs un deuxième effet, plus progressif, de la hausse des taux. Les entreprises américaines endettées vont devoir refinancer une partie de leur dette à des conditions moins favorables. À mesure que les anciennes obligations arrivent à échéance et sont remplacées par de nouveaux financements plus coûteux, la charge d’intérêt augmente et vient progressivement peser sur les bénéfices. Un mécanisme de rétroaction pourrait alors se mettre en place : hausse des taux, augmentation du coût de financement des entreprises, pression sur les bénéfices, moindre attractivité des actions et, potentiellement, baisse des marchés.
Nous n’en sommes pas encore là. La solidité des résultats des entreprises et la bonne tenue de l’économie continuent de soutenir les marchés. Mais le rapport rendement/risque est devenu moins favorable aux actions, particulièrement aux États-Unis. Dans cet environnement, nous préférons conserver une approche prudente et maintenons une légère sous-exposition aux actifs risqués.



