Editorial : Les taux montent mais les actions regardent ailleurs

Comme au cours des semaines précédentes, les taux d’intérêt ont continué à se tendre la semaine dernière. Pour autant, cette hausse ne provoque toujours pas de véritable défiance sur les marchés financiers. Les actions ont certes légèrement reculé en Europe, mais sans mouvement de panique : l’Euro Stoxx 50 a perdu 1,4 % sur la semaine, tandis que le S&P 500 a même progressé de 0,1 %.

L’énergie reste le principal sujet d’inquiétude

La situation est beaucoup plus tendue sur les marchés de l’énergie. Le baril de Brent a encore progressé de 9 % sur la semaine, dans un contexte d’intensification des échanges de tirs dans le détroit d’Ormuz. Surtout, le blocus naval américain semble atteindre son objectif : aucun navire pétrolier iranien n’aurait réussi à franchir le détroit depuis sept semaines.

La stratégie américaine semble désormais se préciser : réduire les frappes militaires de haute intensité, tout en maintenant dans la durée un blocus de l’Iran associé à un régime de sanctions très strict. Une stratégie d’asphyxie économique qui permettrait parallèlement à la Maison Blanche d’annoncer officiellement la fin de la guerre avec l’Iran. Cela ne signifie pas pour autant un désengagement militaire américain. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a prolongé le déploiement des forces américaines au Moyen-Orient jusqu’en 2027. Le dispositif comprendrait environ 50 000 militaires, 19 navires de guerre, plusieurs systèmes de défense aérienne et des escadrons de chasseurs. Dans ces conditions, difficile d’envisager une détente rapide des prix du pétrole. Les anticipations de marché ne prévoient d’ailleurs pas de retour du Brent sous les 90 dollars avant février 2027.

Le gaz européen devient à son tour préoccupant

La hausse du pétrole occupe le devant de la scène, mais celle du gaz mérite tout autant notre attention. À 74 €/MWh, le gaz européen retrouve son niveau le plus élevé depuis janvier 2022. Depuis le début de l’année, son prix a bondi de 155 %. Le problème est d’autant plus important que les Européens ont tardé à reconstituer leurs réserves, probablement dans l’espoir d’une baisse des prix qui n’est jamais arrivée. Les stocks ne représentent aujourd’hui que 65 % des capacités, contre 82 % en moyenne à cette période de l’année. La situation est particulièrement préoccupante en Allemagne, où les capacités de stockage ne sont remplies qu’à 53 %. À quelques mois de l’hiver, le sujet énergétique redevient donc central pour l’économie européenne.

L’inflation européenne repart logiquement à la hausse

Dans ce contexte, la remontée de l’inflation en zone euro n’a rien de très surprenant. Elle a atteint 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet. Il s’agit de son niveau le plus élevé depuis septembre 2023 et du sixième mois consécutif au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la BCE. Sans surprise, l’énergie explique une grande partie de cette accélération : les prix énergétiques progressent désormais de 14,3 % sur un an. Il existe néanmoins quelques signaux plus rassurants. L’inflation dans les services a ralenti à 3,0 % et l’inflation sous-jacente, qui exclut notamment l’énergie et l’alimentation, est revenue à 2,4 %, légèrement sous les attentes.

Cela ne devrait toutefois pas suffire à faire changer la BCE de cap. Nous anticipons jeudi une hausse de 25 points de base de son principal taux directeur, pour atteindre ainsi 2,50 %. Les marchés envisagent désormais des taux pouvant atteindre 3 % au début de l’année prochaine.

 

Aux États-Unis, moins de certitude sur la FED

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est plus incertaine. Les marchés évaluent actuellement à 58 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base des taux de la Réserve fédérale lors de sa réunion des 15 et 16 septembre. Les inquiétudes apparues le mois dernier après la baisse surprise de la consommation américaine se sont quelque peu dissipées. Les enquêtes d’activité restent bien orientées et, surtout, le rapport sur l’emploi publié vendredi a rassuré sur la solidité de l’économie américaine. Les États-Unis ont créé 162 000 emplois en août, contre seulement 55 000 attendus, tandis que le taux de chômage est resté stable à 4,1 %. C’est une bonne nouvelle pour l’économie. Mais pas nécessairement pour les marchés obligataires. Plus l’économie américaine résiste, plus la Réserve fédérale dispose de marges de manœuvre pour continuer à relever ses taux. Jusqu’à la réunion de la FED, les marchés vont être rivés à la publication ce vendredi de l’inflation américaine qui devrait selon toutes vraisemblance influer directement sur la décision de la Banque centrale américaine. L’inflation est attendue à 3,4% sur un an stable d’un mois sur l’autre.

Pourquoi, dans ce contexte, les actions résistent-elles ?

C’est finalement le paradoxe du moment. L’inflation remonte. Les banques centrales resserrent leur politique monétaire. Les entreprises technologiques lèvent des montants considérables de dette. Les taux japonais à dix ans sont repassés au-dessus de 3 %. Et les États doivent financer des programmes d’émissions obligataires records. Autrement dit, presque tout concourt aujourd’hui à pousser les taux d’intérêt à la hausse. On pourrait donc s’attendre à une correction beaucoup plus importante des marchés actions. Pourtant, elle ne vient pas.

Pourquoi ?

Selon nous, trois éléments permettent de l’expliquer.

D’abord, les économies américaine et européenne continuent de résister. Les perspectives de croissance restent légèrement positives et, jusqu’à présent, la hausse des prix de l’énergie n’a pas provoqué de véritable rupture de l’activité. Les entreprises semblent parvenir soit à adapter leur production, soit à répercuter une partie de la hausse de leurs coûts sur leurs clients.

Ensuite, les résultats des entreprises restent remarquablement solides. La saison de publications que nous venons de vivre a été excellente et les perspectives pour le troisième trimestre restent favorables. Tant que les bénéfices progressent, les investisseurs conservent de bonnes raisons de rester exposés aux actions.

Enfin, de nouveaux moteurs d’investissement apparaissent en Europe. Les dépenses liées à l’intelligence artificielle commencent à irriguer davantage l’économie européenne, tandis que l’Allemagne s’appuie désormais sur son vaste programme d’investissement de 500 milliards d’euros dans les infrastructures d’ici 2029.

Il faut également garder à l’esprit que la remontée des taux longs reste, jusqu’à présent, relativement progressive : environ 67 points de base sur un an. Une hausse lente est beaucoup plus facile à absorber par les marchés qu’un choc brutal. Les investisseurs ne nient pas les risques, mais ils considèrent encore que la croissance des bénéfices et la résistance de l’économie sont suffisantes pour les absorber.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 04 septembre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 04 septembre 2026

Ce qu’il faut en retenir

Pour la deuxième semaine consécutive, les actifs énergétiques occupent les premières places de notre palmarès, portés par la persistance des tensions dans le Golfe Persique.

La stratégie américaine semble désormais se dessiner plus clairement : plutôt que de poursuivre des frappes militaires de grande ampleur, l’administration américaine cherche à asphyxier économiquement le régime iranien en l’empêchant d’exporter son pétrole. Cette stratégie n’est toutefois pas sans risque pour l’équilibre du marché énergétique mondial. Avant le conflit, l’Iran représentait environ 3,5 % de la production mondiale de pétrole. Une disparition durable de ces volumes entretient donc mécaniquement les tensions sur les prix.

Le yen a également poursuivi son rebond.  La hausse des rendements de la dette japonaise, dont le taux à 10 ans a franchi le seuil de 3 % au cours de la semaine, rend les actifs japonais plus attractifs et favorise le rapatriement de capitaux vers le Japon. La devise nippone a également bénéficié des déclarations de Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, laissant entendre que les autorités japonaises pourraient prendre de nouvelles mesures pour soutenir leur monnaie.

Du côté des actions, les marchés américains ont terminé la semaine pratiquement stables. La hausse des rendements obligataires, normalement défavorable aux valorisations boursières, continue d'être compensée par les bonnes nouvelles en provenance du secteur technologique. Dell en fournit une bonne illustration : le titre s’est envolé de 15 % sur la semaine après le relèvement de 25 milliards de dollars de sa prévision annuelle de chiffre d’affaires. Intel, qui fournit notamment les processeurs équipant les ordinateurs Dell, a de son côté progressé de 7 %.

La situation a été moins favorable en Europe. Les indices actions européens ont souffert à la fois de la hausse des taux longs et de la perspective d’un nouveau relèvement des taux directeurs par la BCE ce jeudi. Le recul reste néanmoins relativement limité à ce stade. Enfin, l’or a terminé la semaine à 4 430 dollars l’once, en baisse de 2,7 %. Cette correction doit être relativisée après un mois d’août particulièrement dynamique, durant lequel le métal jaune avait gagné 9,8 %, avec un pic proche de 4 700 dollars. Le discours offensif de Kevin Warsh à Jackson Hole a provoqué des prises de bénéfices, mais il ne semble pas avoir remis en cause les soutiens structurels dont bénéficie l’or. Les banques centrales ont notamment acheté 289 tonnes au deuxième trimestre, un record pour cette période selon le World Gold Council. Leur comportement est  intéressant : les banques centrales semblent profiter des phases de baisse pour renforcer leurs positions, notamment lorsque les investisseurs privés réduisent leur exposition via les ETF. Cette demande institutionnelle contribue à renforcer l’hypothèse d’une zone de soutien importante autour de 4 000 dollars l’once.

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