Le Détroit Trump
Les prix du pétrole restent proches de leurs sommets annuels
Malgré une reprise des flux de brut par le détroit d’Ormuz — les exportations saoudiennes par le détroit ont atteint 2,9 millions de barils par jour sur les six derniers jours, contre 0,7 million en août selon JP Morgan — les tensions restent extrêmes sur les échéances les plus proches. L’écart entre les contrats de livraison de novembre et de décembre atteint ainsi 8 dollars. Par ailleurs, l’oléoduc Est-Ouest, qui relie le champ pétrolier d’Abqaiq, à l’est du pays, au port de Yanbu sur la mer Rouge, devrait pouvoir être de nouveau opérationnel dès ce mardi, après les frappes de drones intervenues il y a dix jours.
Pourquoi, dans ce contexte, n’observons-nous toujours pas de détente sur les prix du pétrole ?
Le raidissement de l’administration américaine, qui a refusé le plan proposé par le président iranien lors de sa venue à New York, semble indiquer que Washington s’apprête à changer de stratégie. Pendant longtemps, les Iraniens comme les investisseurs ont espéré que l’approche des élections de mi-mandat et l’impopularité croissante du président américain l’inciteraient à rechercher rapidement un accord afin de faire baisser les prix de l’essence aux États-Unis.
Toutefois, à un mois de l’élection et avec un prix du gallon de diesel à 6,51 dollars, au plus haut de l’année, la cause semble désormais entendue pour Donald Trump. Il paraît difficile de modifier radicalement les conditions de prix pour les consommateurs américains avant le scrutin. D’autant que, désormais, ce ne sont plus seulement les cours du brut qui sont élevés : les marges de raffinage se sont elles aussi envolées.
Le président américain a donc moins de raisons de ménager Téhéran. Le discours s’est considérablement musclé en annonçant une possible reprise des frappes après les élections de novembre et même, nouvelle provocation, l’annonce possible d’un changement de nom du détroit d’Ormuz en détroit « Trump » avec à la clé une confiscation de cette région par les Etats-Unis.
Provocations destinées à infléchir la position iranienne ou réelle volonté de rouvrir le front militaire après les élections ? Difficile de trancher à ce stade. Une chose est toutefois visible : cette escalade verbale contribue à maintenir la tension sur les prix de l’énergie et, parallèlement, sur les taux d’intérêt.
Les taux poursuivent leur ascension
Les taux ont de nouveau progressé la semaine dernière. Le rendement moyen de la dette souveraine mondiale, calculé par Bloomberg, dépasse désormais 4 %, un plus haut depuis 2007.
Aux facteurs de court terme — la hausse des prix de l’énergie — et de long terme — le déséquilibre entre les besoins d’investissement et l’épargne disponible — s’est ajoutée la semaine dernière une nouvelle force : la vigueur de la croissance économique.
Les indicateurs d’activité américains publiés la semaine dernière ont nettement surpris les observateurs. L’économie américaine, loin d’être freinée par la hausse des prix de l’énergie, continue d’accélérer. En septembre, l’enquête d’activité dans le secteur manufacturier a bondi à 57,0 en septembre 2026, contre 53,9 en août, bien au-dessus des attentes du marché de 53,6, selon l'estimation flash. Les nouvelles commandes ont accéléré à leur taux le plus fort depuis près de quatre ans et demi. La croissance de l'emploi a atteint son niveau le plus élevé depuis février 2021.
L’Europe accélère également
En zone euro aussi, les enquêtes d’activité dessinent une économie qui accélère contre toute attente. Les données flash publiées le 23 septembre montrent une nette amélioration : le PMI composite est remonté à 53,1, contre 52,0 en août, son plus haut niveau depuis avril 2023. S&P Global estime qu’un tel niveau est compatible avec une croissance du PIB d’environ 0,4 % sur le trimestre. L’amélioration gagne même la France : le PMI composite repasse au-dessus du seuil de 50 pour la première fois depuis décembre, à 51,2 contre 48,5 en août. L’Allemagne accélère toutefois davantage, avec un indicateur composite à 53,8, en hausse de deux points.
Les principaux instituts économiques allemands ont doublé leur prévision de croissance pour 2026, à 1,3 %, et anticipent 1,1 % en 2027. À titre de comparaison, l’Insee attend en France une croissance de 0,4 % cette année.
Malgré cette éclaircie sur l’activité française, la tension sur les obligations souveraines ne s’est pas dissipée. Au cours de la semaine, l’OAT à dix ans a atteint 4,70 %, tandis que l’écart avec le Bund allemand s’est élargi autour de 111 points de base.
L’IA reste le grand thème des actions
Depuis quelques semaines, la flambée du pétrole et la hausse des taux d’intérêt relèguent quelque peu l’intelligence artificielle au second plan.
Meta, qui semblait pourtant distancé dans la course à l’IA, est redevenu en quelques jours l’un des favoris du secteur. Le groupe vient de rendre disponible Muse, son nouvel agent personnel d’IA, pour l’instant uniquement aux États-Unis.
Contrairement à un chatbot classique, Muse ne se contente pas de répondre : il peut planifier et exécuter des tâches, utiliser des outils, naviguer sur le web et notamment sur des sites marchands afin d’effectuer des achats. Son principal atout tient à son intégration dans l’écosystème Meta — Facebook, Instagram et WhatsApp — qui lui donne accès à un contexte personnel particulièrement riche.
L’utilisation est gratuite pour les utilisateurs des applications Meta, tandis que la mise en relation avec les plateformes marchandes doit constituer une nouvelle source de revenus auprès des entreprises. La stratégie de Meta n’est donc plus seulement de développer le meilleur moteur d’IA possible, mais d’en assurer la diffusion la plus naturelle possible, via les lunettes, le téléphone ou encore le petit boîtier Muse Charm, qui doit être commercialisé pour Noël.
L’application aurait été téléchargée 1,8 million de fois en moins de deux semaines, contre 1,3 million pour ChatGPT lors de son lancement. La Bourse a salué cette dynamique : le titre Meta progresse de 17 % sur la semaine et, selon nous, le mouvement pourrait ne pas être terminé.
Notre conclusion du moment
Les marchés actions résistent, pour le moment, à la pression des taux. La perspective d’une nouvelle excellente saison de publications de résultats d’entreprises entretient l’optimisme des investisseurs.
L’accélération de la croissance économique suggérée par les dernières enquêtes d’activité est toutefois à double tranchant. Elle est favorable aux bénéfices des entreprises, mais une économie qui accélère simultanément à la hausse des prix de l’énergie et des taux d’intérêt peut également raviver les craintes de surchauffe chez les banquiers centraux.
Le risque est déjà présent : les investisseurs anticipent désormais deux nouvelles hausses des taux de la Fed, voire trois d’ici janvier 2027.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 25 septembre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 25 septembre 2026
Ce qu’il faut en retenir
Les actions choisissent encore de regarder la croissance
Les marchés actions semblent, pour l’instant, parfaitement capables de vivre avec cette hausse des taux. Le S&P 500 progresse de 1,2 % et le Nasdaq de 2,1 %. La semaine a été favorable aux actions technologiques et au thème de l’IA malgré la hausse des taux d’intérêt. La Corée du Sud en fournit l’illustration la plus spectaculaire. Le Kospi progresse encore de 2,7 % la semaine dernière et affiche désormais +68 % depuis janvier. Les semi-conducteurs coréens bénéficient directement de l’explosion des besoins en mémoire et en puissance de calcul : les exportations de puces sud-coréennes auraient bondi de près de 260 % sur un an durant les vingt premiers jours de septembre.
Aux États-Unis, Meta a également redonné un nouvel élan au thème avec Muse, son agent personnel d’IA. Le lancement a provoqué un très fort mouvement du titre et ravivé les anticipations concernant une nouvelle génération d’applications capables non plus seulement de répondre à une question, mais d’agir à la place de l’utilisateur.
Selon Golman Sachs, les dépenses des cinq des cinq hyperscalers devraient passer de 800 Mds$ cette année à 1200 Mds$ en 2027 (+50%), puis 1400 Mds$ en 2028. Leur part du PIB serait la plus élevée de tout cycle technologique depuis les chemins de fer de la fin du XIXe siècle.
Chine : détente politique, mais pas réconciliation
Shanghai gagne 1,6 % et le yuan 0,6 % face à l’euro. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a contribué à réduire l’un des principaux risques extrêmes pesant sur les marchés. Les deux pays ont prolongé leur trêve commerciale de deux mois. Mais il ne s’agit en rien d’un règlement des différends : droits de douane, terres rares, semi-conducteurs et achats chinois restent largement ouverts. Au final, le sommet a permis une prolongation de la détente plutôt qu’un accord durable.
Pour les marchés, c’est néanmoins suffisant à court terme : les États-Unis et la Chine ont choisi de ne pas ajouter une guerre commerciale au choc énergétique actuel.
L’Europe progresse, la France reste à part
Les marchés européens participent également au mouvement : Euro Stoxx 50 +1,1 %, Espagne +1 %, Italie +0,7 %, Allemagne +0,4 % et France +0,3 %.
Mais la France se distingue nettement sur le marché obligataire. L’emprunt d’Etat français se tend à nouveau de 17 bps à 4,72% davantage que le Bund. L’écart de rendement entre les deux emprunts termine autour de 109 points de base après avoir atteint environ 111 points en cours de semaine. Ce niveau était encore proche de 82 points en début d’année.
Dollar fort, or faible
Sur les devises, le dollar gagne 0,8 % face à l’euro. La hausse des rendements américains et la perspective de nouvelles hausses des taux de la Fed renforcent naturellement l’attrait du billet vert. L’or en fait les frais : -2,2 % cette semaine et désormais légèrement négatif sur l’année. Pour autant, sa résistance reste intéressante : malgré un choc obligataire particulièrement violent, l’or n’a reculé que d’un peu plus de 2 %.
Gaz : -9,6 %, mais toujours +155 % en 2026
Le mouvement le plus spectaculaire de la semaine concerne le gaz européen : -9,6 % sur la semaine. Cette baisse doit cependant être mise en perspective. Le TTF affiche encore +155 % depuis le début de l’année. Une partie du recul récent traduit donc une détente après une hausse exceptionnelle plutôt qu’un retour à la normale. La capacité européenne à diversifier ses approvisionnements, notamment grâce au GNL américain, a permis jusqu’ici d’amortir la réduction des flux du Moyen-Orient. Mais les stocks européens restent relativement bas et le transit du GNL qatari demeure vulnérable à la situation autour d’Ormuz.
L’Inde, victime collatérale du pétrole
L’Inde reste l’un des marchés les plus faibles du tableau : Sensex -0,5 % cette semaine et surtout -13,3 % depuis janvier. Le pays cumule deux handicaps dans l’environnement actuel : il importe une grande partie de son énergie et reste sensible aux mouvements de capitaux internationaux. Pétrole cher et rendements américains élevés dégradent donc simultanément ses perspectives macroéconomiques et son attractivité relative. Les investisseurs étrangers ont d’ailleurs recommencé à vendre massivement les actions indiennes en septembre.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 25 septembre 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Remontée sensible de notre baromètre de marché, avec notre indicateur qui progresse de 6 points à 26, désormais largement…[lire la suite]





