Dette publique française : anatomie d’une chute
À nouveau, les marchés actions ont fait preuve d’une remarquable résistance, malgré les nuages qui continuent de s’accumuler sur l’économie mondiale.
Le Moyen-Orient reste sous tension
Le premier de ces nuages vient du Moyen-Orient. Le trafic pétrolier reste fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz : seuls neuf pétroliers en sortent désormais chaque jour, contre 25 à 30 avant le conflit. Mais les inquiétudes se concentrent aussi sur un autre passage stratégique, le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien. Les activités du port saoudien de Yanbu, important terminal d’exportation de pétrole situé sur la côte de la mer Rouge, ont ainsi été suspendues après des attaques menées par les rebelles houthis. Plus inquiétant encore, la capitale saoudienne, Riyad, a été visée samedi pour la première fois par les combattants pro-iraniens. Revenu en urgence à Washington ce week-end, le président américain Donald Trump a déclaré que les Houthis s’étaient engagés à ne pas attaquer les intérêts américains. Cet engagement ne règle toutefois pas le problème de fond : la poursuite de leur offensive fait peser un risque croissant de déstabilisation sur l’Arabie saoudite. Le président américain, Donald Trump, semble ainsi dépassé par un conflit qu’il a lui-même lancé.
Le retour de l’inflation oblige les banques centrales à réagir
La conséquence directe de la flambée des prix de l’énergie est la reprise de l’inflation partout dans le monde. L’inflation est donc repartie à la hausse. Entre février et août, elle est passée de 2,4 % à 3,4 % aux États-Unis et de 1,9 % à 3,2 % dans la zone euro. Les banques centrales avaient espéré que la fin du conflit en Iran permettrait une détente des prix du pétrole. Ce scénario ne s’étant pas réalisé, elles ont dû réagir afin d’éviter que cette nouvelle poussée inflationniste ne s’installe durablement. Depuis le début du mois de septembre, dix banques centrales ont ainsi relevé leurs taux directeurs avec notamment la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Réserve fédérale américaine, qui sont intervenues la semaine dernière.
Bien entendu, relever les taux d’intérêt ne fait pas baisser directement le prix du pétrole. L’objectif est ailleurs : les banques centrales veulent empêcher les entreprises, les salariés et les investisseurs de considérer qu’une inflation durablement plus élevée est devenue normale. Le message est donc clair : elles sont prêtes à ralentir davantage l’économie pour éviter que les anticipations d’inflation ne s’installent, même si cela rend le crédit plus cher et pèse sur le pouvoir d’achat.
Le problème des États : des taux plus élevés sur des dettes beaucoup plus importantes
Ces hausses de taux interviennent cependant dans un environnement très différent de celui des précédents cycles de resserrement monétaire : les États n’ont jamais été aussi endettés. En moins de vingt ans, ils ont dû faire face à deux crises majeures : la crise financière de 2008 puis la pandémie de Covid en 2020. Pour soutenir leurs économies, les gouvernements ont massivement emprunté tandis que les banques centrales maintenaient pendant de longues années des taux d’intérêt extrêmement faibles.
Les ajustements budgétaires qui auraient dus permettre en sortie de crise de retrouver de la flexibilité financière pour la prochaine crise n’ont jamais été réalisés par faute de courage politique mais aussi par la faute de banques centrales qui ont laissé trop longtemps le robinet monétaire des taux zéro ouvert. Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, a récemment résumé cette situation d’une formule : les finances publiques « n’ont plus de gras ».
Dans ce contexte, la remontée des taux d’intérêt devient particulièrement douloureuse. Et plus un pays est endetté, plus cette hausse est difficile à absorber. C’est particulièrement vrai pour la France. Nous avons démontré dans un récent papier qu’à 4,50% de taux d’intérêt à dix ans, entrainait un effet cumulatif qui, sans mesure correctrice d’ampleur conduirait la dette française à n’être plus soutenable. Lorsque le taux payé sur la dette devient durablement supérieur à la croissance de l’économie, les intérêts s’accumulent plus vite que les ressources permettant de les financer : c’est ce que l’on appelle l’effet boule de neige. La prise de conscience semble progresser au sein du gouvernement, comme l’illustre le plan d’économies d’urgence de 54 milliards d’euros annoncé la semaine dernière. Toutefois nous restons très sceptiques quant à la prise de conscience réelle de l’opinion publique et des oppositions au gouvernement.
Pourquoi la situation est-elle différente de 2007 ?
Cela fait vingt ans que les mêmes Cassandre crient à la faillite imminente (on se souvient de la déclaration du premier ministre Fillon en septembre 2007, parlant d’un Etat en faillite) et pourtant rien ne s’est passé. Depuis, la France a continué à emprunter et aucune crise de financement majeure ne s’est produite. Pourquoi la situation serait-elle différente aujourd’hui ?
Parce que les ordres de grandeur ne sont plus les mêmes. En 2007, la dette publique représentait environ 64 % du PIB. Elle atteint aujourd’hui près de 120 %. Dans le même temps, le taux d’intérêt français à dix ans est passé en cinq ans d’environ 0 % à 4,50 %. La combinaison d’une dette beaucoup plus importante et de taux beaucoup plus élevés change profondément l’équation. Les investisseurs internationaux semblent eux aussi intégrer cette nouvelle réalité. Cela se traduit par une hausse de la prime qu’ils demandent pour prêter à la France. L’écart entre le taux français à dix ans et le taux allemand — le fameux spread France-Allemagne — a ainsi dépassé 100 points de base, soit 1 point de pourcentage, la semaine dernière. Un niveau qui n’avait plus été observé depuis la crise des dettes souveraines européennes de 2012.
La confiance des investisseurs devient essentielle
À partir d’un certain niveau de tension, les marchés financiers ne fonctionnent plus seulement sur des calculs économiques. La psychologie joue également un rôle déterminant. Derrière chaque décision de vendre une obligation française se trouve un investisseur qui s’interroge : faut-il conserver le titre ou vendre avant les autres ? Si de nombreux investisseurs vendent les obligations françaises, leur prix baisse. Or, lorsqu’un prix obligataire baisse, son rendement augmente. La France doit alors offrir des taux encore plus élevés pour emprunter, ce qui alourdit à son tour la charge future de la dette. Le gouvernement doit donc convaincre les investisseurs que la trajectoire budgétaire reste maîtrisable. Des annonces ne suffisent plus : elles doivent être accompagnées de mesures suffisamment crédibles pour éviter l’installation d’une défiance durable.
Le véritable enjeu : retrouver de la croissance
La France n’est pas à l’origine de cette flambée des taux d’intérêts partout dans le monde, mais elle peut en être la principale victime pour s’être laissée fragilisée dans un monde qui devenait sous ses yeux toujours plus imprévisibles.
Mais l’ajustement budgétaire n’est pas tout. Les Etats-Unis présentent également une dette à 120 % du PIB et un déficit supérieur à 5%, mais ils sont une économie qui progresse depuis 10 ans de 2,5% en moyenne contre 1% pour la France. Toute la différence est là. On peut se permettre d’être endetté si l’économie tourne, si cela n’est pas le cas, un ajustement budgétaire douloureux est inévitable.
La question française n’est donc pas seulement de savoir comment réduire les déficits. Elle est aussi, et peut-être surtout, de savoir comment retrouver durablement de la croissance.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 18 septembre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 18 septembre 2026
Ce qu’il faut en retenir
La semaine sur les marchés : l’Europe décroche, Wall Street résiste toujours
Après plusieurs semaines dominées par l’envolée de l’énergie, le gaz européen marque une pause et le pétrole recule légèrement. Les marchés actions européens accusent le coup de taux d’intérêt qui ont poursuivi leur progression sur la semaine. À l’inverse, Wall Street et plusieurs marchés asiatiques résistent mieux grâce à la bonne semaine des valeurs technologiques.
La Réserve fédérale vient en effet de relever ses taux de 25 points de base et a délivré un message plus restrictif qu’attendu sur leur trajectoire future. La réaction des marchés a été positive avec le taux 10 ans américain qui s’affiche en légère baisse sur la semaine après avoir dépassé 5% mercredi. En revanche, le 2 ans américain termine la semaine à 4,72% en hausse de 8 bps sur la semaine, suggérant donc que le marché anticipe deux à trois hausses des taux au cours des prochains mois.
En Zone euro, en revanche, les taux ont poursuivi leur progression avec une progression de 2 bps sur le taux dix ans allemand et de 11 bps sur le taux dix ans français portant le taux à 4,56%. L’écart de taux entre la France et l’Allemagne dépasse désormais le niveau de 100 points de base une première depuis 2012.
Le Japon digère étonnamment bien la hausse des taux
Le TOPIX gagne 1,6 % sur la semaine et plus de 21 % depuis janvier.
Cette progression intervient alors même que la Banque du Japon vient de relever son taux directeur à 1,25 %, son niveau le plus élevé depuis 31 ans. Ayant déjà anticipé cette décision, le Nikkei a même progressé de 1,4 % à l'annonce de la hausse.
Les métaux industriels nous envoient un signal intéressant sur la Chine
Autre mouvement notable : les métaux industriels progressent de 1,5 % sur la semaine et de 13,1 % depuis janvier. Le cuivre fournit une bonne partie de l'explication. Il vient d'enregistrer sa onzième semaine de hausse sur les douze dernières, soutenu par le retour des acheteurs chinois. Surtout, la prime payée pour importer du cuivre via le port chinois de Yangshan a atteint son niveau le plus élevé depuis novembre 2022, signe d'une demande physique plus soutenue.
États-Unis et Europe : le décrochage se confirme
La différence de comportement entre les deux côtés de l'Atlantique est probablement l'autre grand enseignement de la semaine. Aux États-Unis, le S&P 500 ne perd que 0,1 % et le Nasdaq gagne 0,7 %. En Europe, le CAC 40 et l'Euro Stoxx 50 abandonnent 1,4 %, l'IBEX 1,6 % et le FTSE MIB 1,8 %. La séance de vendredi explique une grande partie de cette différence. Le Stoxx 600 a perdu 1,1 % sur la seule journée, avec une forte baisse des valeurs automobiles et des télécommunications. Volkswagen a notamment chuté après avoir abaissé ses perspectives. Depuis janvier, le contraste devient spectaculaire : +12,7 % pour le S&P 500 et +14,6 % pour le Nasdaq, contre seulement +0,9 % pour le CAC 40, mais +9,6% pour l’Euro Stoxx 50.
Le choc énergétique fait une pause, il ne disparaît pas
Après avoir dominé notre classement pendant plusieurs semaines, l'énergie quitte provisoirement le devant de la scène. Le gaz européen est stable et le Brent recule de 0,7 %. Cette détente s'explique notamment par l'espoir d'une reprise partielle du fonctionnement de l'oléoduc saoudien Est-Ouest, endommagé par une attaque de drones. Elle a momentanément réduit les craintes de pénurie immédiate.
Mais il faut ici distinguer le mouvement de la semaine et le niveau des prix. Avec +182,4 % pour le gaz et +70,7 % pour le Brent depuis janvier, rien ne permet encore de parler de normalisation. L'énergie reste le principal bouleversement de marché de l'année 2026.
L'Inde montre l'autre face du choc pétrolier
Tout en bas du classement annuel apparaît l'Inde : le Sensex perd encore 0,7 % cette semaine et 12,8 % depuis janvier. Ce n'est pas totalement un hasard. L'Inde est un grand importateur de pétrole et souffre donc directement d'un baril supérieur à 100 dollars. Les actions indiennes viennent d'enregistrer six semaines consécutives de baisse, leur plus longue série depuis 2020, sous l'effet conjoint de la hausse du pétrole et du durcissement monétaire mondial.
Le contraste avec la Corée du Sud est saisissant. Le Kospi termine certes légèrement dans le rouge cette semaine, mais affiche toujours +63,6 % depuis janvier, porté notamment par Samsung Electronics et SK Hynix et par l'engouement autour des semi-conducteurs destinés à l'intelligence artificielle. Vendredi encore, l'indice coréen a bondi de 2,7 % grâce au rebond des valeurs technologiques.
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