Commentaire de marché
La hausse des taux gâche la fête à Wall Street
Le narratif des marchés a basculé la semaine dernière. Longtemps insensible à la hausse des taux d’intérêt, la dynamique boursière s’est fait rattraper par le risque inflationniste. Depuis plusieurs semaines, nous exprimons notre réserve face à la succession de records enregistrés par la bourse américaine, alors que les taux d’intérêt à long terme aux États-Unis continuent d’évoluer à la hausse, se maintenant autour de 4,50 %.
En Europe, la situation n’est guère différente. Bien que les marchés actions de la zone euro, à l’exception du MIB italien, n’aient pas retrouvé les sommets atteints en début d’année, la remontée des taux d’intérêt fragilise la progression des indices boursiers.
L’enlisement du conflit iranien continue de peser lourdement sur une normalisation du marché pétrolier, retardant ainsi le retour des prix du brut à des niveaux plus acceptables. En moyenne, le déficit de production par rapport à la demande mondiale s’élève à 6 millions de barils par jour (mbj). Jusqu’à présent, ce manque a été comblé grâce au recours aux stocks et réserves stratégiques des États, soit environ 246 millions de barils. Selon l’AIE, ce déficit pourrait atteindre 900 millions de barils d’ici septembre si la situation dans le Golfe ne s’améliore pas. À titre de comparaison, les stocks mondiaux de pétrole sont estimés à près de 8 milliards de barils, ce qui exclut, dans l’immédiat, un risque de pénurie globale. Cependant, même en cas de résolution rapide de la crise, la nécessité de reconstituer ces réserves limitera toute baisse significative des prix du pétrole.
Les investisseurs commencent à intégrer progressivement cette réalité, observant désormais de façon tangible l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les indices d’inflation. L’indice des prix à la consommation aux États-Unis, publié mardi dernier, affiche une progression annuelle de 3,8 % en avril, soit une augmentation de 0,5 point par rapport à mars.
L’indice des prix à la production, publié le lendemain, confirme cette tendance : tous les prix repartent nettement à la hausse. Sur un mois, les prix à la production ont augmenté de 6 % (contre 4 % en avril). Même en excluant l’énergie, le transport et l’alimentation, les coûts supportés par les entreprises américaines ont progressé de 4,4 % en avril (contre 3,7 % en mars).
Ce contexte inflationniste exerce une pression inédite sur la FED, désormais présidée par Kevin Warsh depuis vendredi. Nommé par Donald Trump avec pour mission de baisser les taux, il se retrouve confronté à des circonstances qui rendent cet objectif difficile à atteindre. Les arguments avancés par le nouveau président de la FED, tels que les gains de productivité attendus grâce à l’IA et la nécessité de réduire le bilan de la banque centrale, restent pertinents mais peinent à contrebalancer la forte tension inflationniste actuelle. Les investisseurs anticipent désormais une hausse des taux de la FED d’ici la fin de l’année, avec une probabilité estimée à 50 %, scénario inimaginable il y a encore quelques semaines.
Privés de publications de résultats d’entreprises jusqu’à début juillet, alors que les indices actions atteignent des sommets historiques, les marchés semblent particulièrement vulnérables à l’accentuation du thème inflationniste. La transition à la tête de la FED, loin d’être apaisée, ajoute une dose supplémentaire d’incertitude à l’environnement actuel. Nous maintenons donc une approche prudente à court terme.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 15 mai 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 15 mai 2026
Ce qu’il faut en retenir
La modification du climat sur les marchés ne se reflète pas nécessairement dans le classement des performances des actifs présenté. Portés par la dynamique de l’intelligence artificielle jusqu’à jeudi, les marchés américains ont connu un retournement vendredi, suite à la révision rapide des anticipations de relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale (plus d’une chance sur deux d’au moins une hausse cette année). Cette évolution a entraîné un durcissement généralisé de la courbe des taux américains : le taux à 2 ans a progressé de 21 points de base pour s’établir à 4,11 %, atteignant ainsi son niveau le plus élevé depuis février 2025. Le taux à 10 ans a augmenté de 23 points de base, clôturant la semaine à 4,60 %, un sommet depuis janvier 2025.
En Europe, les taux d’intérêt ont également progressé, mais de manière plus modérée, les investisseurs anticipant depuis plusieurs semaines une hausse des taux directeurs lors de la réunion de la BCE prévue le 11 juin. Le taux allemand à 10 ans a augmenté de 15 points de base pour atteindre 3,15 %, tandis que le taux à 2 ans a enregistré une hausse de 17 points de base, s’établissant à 2,66 %.
La tendance haussière sur les taux d’intérêt a été accentuée par la reprise des prix de l’énergie. Le baril de Brent a enregistré une progression de 8 %, tandis que le prix du gaz a augmenté de 13,7 %. À court terme, aucune solution ne semble se dessiner dans les négociations entre l’Iran et les États-Unis, chaque partie revendiquant la victoire et refusant de concéder des avantages significatifs à l’autre. La probabilité d’une reprise du conflit n’a jamais été aussi élevée depuis le début du cessez-le-feu.
Sur le plan des indices boursiers, l’Europe apparaît une nouvelle fois désavantagée dans le contexte actuel. Faiblement exposés aux secteurs des semi-conducteurs et de la technologie, les marchés actions européens peinent à résister à la thématique inflationniste. Par conséquent, l’écart de performance continue de se creuser entre l’Euro Stoxx 50 (+2 % depuis le début de l’année) et les autres marchés actions (+8,7 % pour le S&P 500, +18 % pour le MSCI émergent).
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 15 mai 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Notre baromètre progresse de 3 points la semaine dernière à 29, désormais très proche (30) du premier niveau d’alerte.…[lire la suite]
Que faire sur les marchés au 18 mai 2026 ?
Les marchés actions ont longtemps ignoré la progression des taux d’intérêt. Convaincus que la crise iranienne allait trouver sa solution […lire la suite]






