Dette française : le signal d’alarme des marchés

L’indice boursier français, le CAC 40, est depuis la semaine dernière, avec Shanghai, l’un des seuls grands indices actions mondiaux à reculer depuis le début de l’année (-1 %).

Le spectre de la crise souveraine

Disons-le tout net, ce n’est pas le principal souci de la France actuellement. La semaine dernière, l’évolution des taux souverains français a pris un tour dramatique qui nous rappelle, au Club de l’Épargnant, les sombres heures de la crise souveraine en zone euro, qui s’est étendue d’octobre 2009 à juillet 2012.

Il y a maintenant quinze ans, la pérennité de la zone euro avait été mise en question par les investisseurs, qui avaient successivement testé la réponse européenne à l’envolée des taux, d’abord en Grèce, puis en Irlande, au Portugal, en Espagne et en Italie. L’origine de la crise avait été, en Grèce, la révélation par le nouveau Premier ministre Georges Papandreou d’une sous-estimation dramatique du déficit public, suivie de révélations sur le maquillage des comptes publics grecs depuis 1997. Le coup de projecteur sur la situation budgétaire d’un membre de la zone euro a servi de détonateur aux investisseurs, dont la méfiance s’est ensuite étendue aux autres pays du sud de la zone euro (dédaigneusement rebaptisés le « Club Med » pour leur propension supposée à couler une vie douce grâce aux efforts des pays frugaux du nord de l’Europe). La suite du film, on la connaît : malgré des réformes courageuses dans l’ensemble de ces pays (l’Italie fait passer l’âge de la retraite de 62 à 67 ans), la spéculation se poursuit contre les taux souverains de la zone euro.

Le 26 juillet 2012, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, prononce la phrase la plus importante de sa vie : « Within our mandate, the ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro. And believe me, it will be enough. » (« Fidèle à notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qu’il faut pour préserver l’euro. Et croyez-moi, cela sera suffisant. »)

Cette simple menace, désormais explicite, de contrer la spéculation a été suffisante pour renverser la vapeur. La BCE n’a d’ailleurs, jusqu’à présent, jamais eu à utiliser son pouvoir, formalisé quelques mois plus tard au travers de l’OMT (Outright Monetary Transactions), qui permet à la BCE d’acheter des titres d’un pays donné avec l’accord des autres pays de la zone euro, en contrepartie d’un engagement à rééquilibrer les comptes publics.

La dette française change de régime

Pourquoi reparlons-nous de ce sujet ce matin ?

Parce que l’heure est grave pour les finances publiques françaises. D’abord progressive, la hausse des taux s’est accélérée la semaine dernière. Surtout, des mouvements typiques d’un début de panique ont eu lieu, mouvements qui avaient marqué le début de la crise souveraine de 2009. Le découplage entre les taux allemands et les taux français est devenu complet. Alors que les deux taux évoluent habituellement de concert, même si leur écart peut varier comme ces derniers mois, nous avons vécu vendredi une rupture rarement observée. Les taux français accéléraient leur hausse tandis que les taux allemands prenaient subitement le chemin inverse. En fin de journée, toutefois, l’écart de taux, qui avait atteint 159 points de base en séance, était redescendu à 141 points de base en clôture. Cet écart n’était que de 109 points de base une semaine plus tôt. Il est probable que, comme lors de l’émission de dette de 12 milliards d’euros intervenue jeudi, le Trésor français ait demandé à « ses banques » d’intervenir pour soutenir la dette française.

La pression intense à laquelle est soumise la dette française sur les marchés est la conséquence à la fois de la hausse généralisée des taux dans le monde et, surtout, de la situation budgétaire et d’endettement propre à la France.

La crise énergétique, conséquence de l’intervention américaine en Iran, est peut-être pour la France la crise de trop. Après avoir ouvert en grand les portes de son budget pour faire face aux crises successives de ces vingt dernières années, la France souffre de ne pas les avoir refermées et de ne pas avoir reconstitué, lorsque c’était possible, des marges de manœuvre comme l’ont fait d’autres pays voisins.

Par ailleurs, les investisseurs prennent conscience d’une triste réalité concernant notre pays. Quand un investisseur investit dans de la dette, il se pose toujours deux questions : l’emprunteur a-t-il la capacité de me rembourser ? Et en a-t-il aussi la volonté ? La réponse à la première question est de moins en moins certaine à mesure que le ratio de dette sur PIB s’envole et menace de dépasser 120 % cette année. La seconde question est, à notre avis, la plus déterminante. La classe politique française semble être restée figée dans des débats d’il y a vingt ans, où il n’est question que de la façon de dépenser l’argent public. Aucune prise de conscience réelle de la gravité de la situation budgétaire n’émerge aujourd’hui du débat public, à l’image des trois débats de la primaire de la gauche où la question de l’équilibre budgétaire n’a tout simplement jamais été abordée.

Malgré une accalmie vendredi soir, en clôture de la semaine, avec un taux français à 10 ans redescendu à 4,87 %, la crise sur la dette française va se poursuivre, car l’engagement du gouvernement de ramener la France sur une trajectoire de déficit de 3 % en 2029 n’est pas jugé crédible, à la fois au regard des échecs passés et, surtout, de la présidentielle d’avril-mai prochain, qui va rebattre toutes les cartes. Nous estimons que la crise de la dette souveraine française est encore loin d’avoir atteint son point aigu. Les taux français devront encore malheureusement monter pour forcer les forces politiques de notre pays à modifier leurs priorités et à faire de l’ajustement budgétaire l’aiguillon de toutes les politiques publiques.

L’économie américaine résiste

Refermons provisoirement la page française. De l’autre côté de l’Atlantique, le contraste reste frappant : malgré la hausse des taux, les actions américaines continuent de mieux résister que leurs homologues européennes.

Cette résistance n’est pas seulement liée à un réflexe de refuge. Les données publiées cette semaine ont renforcé l’image d’une économie américaine très solide. La croissance du deuxième trimestre a été révisée à +2,2 % en rythme annualisé, contre +1,5 % lors de l’estimation précédente. L’ISM manufacturier de septembre est ressorti à 54,5, et sa composante « nouvelles commandes » à 55,3 contre 53,7 en août, signe d’une activité industrielle toujours en expansion.

Le rapport sur l’emploi publié ce vendredi va dans le même sens. Le taux de chômage est certes remonté de 0,1 point, à 4,2 %, mais le taux de participation est remonté à 61,8 %, signe que le marché du travail reste attractif outre-Atlantique. La progression du salaire horaire moyen a ralenti à +3,0 % sur un an. Pour les marchés, c’est un mélange presque idéal : une activité qui tient, mais des tensions salariales qui se détendent.

L’IA continue de soutenir la croissance

Du côté de l’intelligence artificielle, Micron a publié des résultats hors normes. Sur son exercice 2026 clos le 3 septembre, le fabricant de mémoires a réalisé 133,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 37,4 milliards un an plus tôt, et 85,0 milliards de résultat net, contre 8,5 milliards en 2025. Micron profite directement de l’explosion de la demande pour les mémoires à haute performance indispensables aux infrastructures d’IA, aux côtés de Samsung et SK Hynix, avec lesquels elle se partage le marché. La visibilité actuelle qu’offrent les acteurs de l’IA est par ailleurs bienvenue à l’heure où la hausse des taux mondiaux menace de fragiliser la croissance mondiale. Ainsi, Micron, comme d’autres sociétés du secteur, profite de sa situation pour sécuriser ses ventes. Micron a ainsi annoncé, lors de la publication de ses résultats, avoir sécurisé 26 contrats de long terme pour un montant de 32 Md$, avec des échéances jusqu’en 2031.

Pétrole : la détente reste fragile

Du côté du pétrole, enfin, le marché est soulagé par le retour en fonctionnement de l’oléoduc Est-Ouest en Arabie saoudite, qui transporte désormais 6 millions de barils par jour. Par ailleurs, selon Goldman Sachs, les exportations de brut du Moyen-Orient, via Ormuz et les routes de contournement, sont revenues à près de 80 % de leur niveau d’avant-guerre et celles de l’Iran sont tombées à zéro sous le blocus américain. Les investisseurs restent toutefois prudents et ne savent pas si la nouvelle rhétorique guerrière de Donald Trump, qui vient d’annoncer le départ d’un nouveau porte-avions pour le golfe Persique et de possibles attaques après les élections de mi-mandat, relève d’une stratégie de pression sur le pouvoir iranien ou d’une réelle volonté d’escalade militaire du conflit.

Vendredi, Emmanuel Macron a annoncé que le G7 libérerait jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de brut de ses réserves stratégiques, après une semaine de pression de Donald Trump. Le sujet du prix de l’énergie concerne désormais moins le prix de la matière première que celui de son raffinage. Le crack spread, qui mesure la différence de prix entre le pétrole non raffiné et les produits raffinés, se situe à un sommet historique de 65 $ le baril. C’est avant tout par la baisse de la marge de raffinage que les prix à la pompe baisseront.

Performance des marchés à la clôture du vendredi 02 octobre 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 02 octobre 2026

Ce qu’il faut en retenir

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Les marchés américains résistent, l’Europe décroche

La semaine marque une nette divergence entre les deux côtés de l’Atlantique. Le Nasdaq progresse encore de 0,5 %, tandis que le S&P 500 ne cède que 0,2 %. La technologie américaine continue donc de jouer son rôle de soutien, portée par le thème de l’intelligence artificielle et par des perspectives bénéficiaires qui s’annoncent à nouveau très positives. Selon Facset, la progression des résultats des entreprises du S&P 500 au troisième trimestre 2026 devrait ressortir, selon le consensus des analystes à 29.5% sur un an en hausse par rapport aux projections de fin juin (26.7%).

La situation est beaucoup moins favorable en Europe. L’Euro Stoxx 50 recule de 1,0 %, le DAX de 0,7 % et surtout le CAC 40 de 2,2 %. L’Italie (-2,7 %) et l’Espagne (-3,1 %) sont également fortement pénalisées. La tension sur les marchés obligataires européens et les inquiétudes autour des finances publiques françaises commencent clairement à peser sur les actions.

La semaine précédente, les marchés actions avaient encore choisi de privilégier la vigueur de la croissance malgré la remontée des taux. Cette fois, la hausse des rendements et du risque souverain commence à laisser davantage de traces.

La France reste au cœur des tensions obligataires

Le marché obligataire demeure le principal foyer de tension. La performance de l’OAT française à 10 ans ressort à -0,9 % (+8 bps) sur la semaine et à -6,0 % depuis janvier. Le T-Note américain recule également de 0,9 %. À l’inverse, le Bund allemand gagne 1,2 % sur la semaine (-12 bps), bénéficiant de son statut de valeur refuge au sein de la zone euro.

Au cours de la semaine, l’écart de taux entre l’OAT française et le Bund allemand s’est ainsi fortement creusé, dans un contexte de défiance vis-à-vis de la trajectoire budgétaire française.

Cette tension sur les dettes souveraines commence également à gagner le crédit : le haut rendement américain recule de 0,6 % et le haut rendement de la zone euro de 0,8 %.

Le dollar retrouve son rôle de refuge

Le mouvement est particulièrement lisible sur le marché des changes. Le dollar gagne 1,2 % face à l’euro, tout comme le franc suisse. La livre sterling progresse de 1,1 %, tandis que le yen s’apprécie de 1,7 %.

L’euro est donc faible face à pratiquement toutes les grandes devises. La combinaison des interrogations budgétaires européennes, de la remontée du risque souverain et de rendements américains toujours élevés continue de favoriser le dollar.

Chine et Inde parmi les grands perdants

Après son rebond de la semaine précédente, Shanghai abandonne 3,3 % et repasse en territoire négatif depuis le début de l’année (-1,4 %). La détente commerciale observée avec les États-Unis n’a donc pas suffi à créer une dynamique durable sur les actions chinoises. A noter que la bourse chinoise est fermée du 1er au 07 octobre pour la Golden Week (fête nationale).

L’Inde connaît également une nouvelle semaine difficile : le Sensex perd 2,7 % et affiche désormais -15,6 % depuis janvier. Le marché indien, longtemps très valorisé, reste particulièrement sensible à la hausse des rendements internationaux et au niveau toujours élevé des prix de l’énergie.

Le Brésil en tête des grands indices mondiaux sur la semaine

À contre-courant, l’Ibovespa brésilien bondit de 4,7 % sur la semaine et porte sa progression annuelle à 19,2 %. C’est de très loin la meilleure performance de notre tableau cette semaine. Le conservateur Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, est arrivé en tête du premier tour de présidentielle avec un peu plus de 47% des suffrages contre près de 45% pour le président sortant, Lula. Les réserves de voix semblent suffisantes pour permettre à Flavio Bolsonaro de l’emporter dans quinze jours.

Pétrole en baisse, gaz toujours sous tension

Le Brent recule de 2,0 %. Les annonces de mobilisation des réserves stratégiques du G7 et l'amélioration partielle des flux énergétiques ont permis une détente ponctuelle.

Même constat sur le gaz européen. Après la forte correction de la semaine précédente, le TTF rebondit de 4,0 % et affiche désormais +165,5 % depuis janvier. Le marché reste extrêmement volatil et dépendant des flux de GNL et de l'évolution de la situation au Moyen-Orient.

L’or ne joue plus son rôle de refuge

Le recul de l’or de 3,4 % sur la semaine, désormais en baisse de 3,9 % depuis janvier, et se rapproche du seuil de 4000 $ qui a jusqu’à présent servi de soutien au métal jaune. Les métaux industriels reculent eux aussi fortement (-3,9 %).

Dans un environnement de taux réels élevés et de dollar fort, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente. Malgré les tensions géopolitiques et financières, les investisseurs lui préfèrent pour le moment le dollar et certaines obligations jugées plus sûres.

Au total, la semaine confirme un changement de régime. Les actions américaines résistent toujours grâce à la technologie et à l’IA, mais la hausse des taux et du risque de crédit commence à produire ses effets ailleurs. L’Europe est désormais en première ligne, avec la France au centre des préoccupations obligataires. Le marché ne bascule pas encore franchement dans l’aversion au risque, mais la dispersion entre pays, classes d’actifs et qualités de crédit devient de plus en plus importante.

La Dynamique des marchés actions

Le baromètre renard du 02 octobre 2026

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Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.

Le baromètre des marchés poursuit sa progression la semaine passée avec une hausse de 3 points et se retrouve légèrement en dessous de notre premier seuil d’alerte. Comme la semaine dernière, la progression…[lire la suite]

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