Commentaire de marché
Les opérations militaires se sont poursuivies cette nuit dans le Golfe. L’armée américaine a annoncé avoir mené une série de frappes visant plusieurs dizaines de cibles. De leur côté, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré avoir frappé des installations militaires américaines en Jordanie, à Bahreïn et au Koweït. Dans ce contexte de nouvelle escalade, le prix du pétrole est en hausse de près de 5 % ce matin, le Brent s’établissant autour de 79 dollars le baril.
Cette progression des cours reste néanmoins contenue. Les frappes américaines semblent avoir soigneusement évité les infrastructures pétrolières iraniennes. L’armée américaine dispose pourtant des capacités nécessaires pour neutraliser rapidement le terminal pétrolier de l’île de Kharg, par lequel transitent environ 90 % des exportations de brut iranien. En retour, Téhéran a limité ses représailles aux installations militaires américaines et s’est abstenu de viser les infrastructures énergétiques des pays voisins. L’Iran évite notamment toute confrontation directe avec l’Arabie saoudite, concentrant ses actions sur des partenaires régionaux plus vulnérables, comme le Koweït. Les investisseurs retiennent donc avant tout ce matin que, malgré la montée des tensions, les deux camps font preuve d’une certaine retenue, limitant pour l’instant le risque d’un conflit régional hors de contrôle.
Ce regain de violence souligne toutefois l’échec de l’approche transactionnelle privilégiée par l’administration américaine. Engagés dans ce conflit sur la base d’une appréciation stratégique qui s’est révélée erronée, les États-Unis espéraient sortir de l’impasse militaire en offrant à la République islamique un retour progressif sur les marchés pétroliers internationaux ainsi qu’un accès à une partie de ses avoirs gelés à l’étranger. Les dirigeants iraniens ont cependant rapidement estimé qu’ils disposaient d’un rapport de force leur permettant d’obtenir davantage.
Les gardiens de la révolution savent que Donald Trump n’a cessé son opération militaire fin mars que sous la pression de son opinion publique lassée de payer son gallon d’essence plus de 4$. A quelques mois des élections de mi-mandats et en pleine « driving season », le président américain peut difficilement se permettre une nouvelle flambée des cours du brut. Téhéran semble ainsi chercher à exploiter cette contrainte en renforçant sa capacité d’influence sur les flux commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz.
À plus long terme, cette stratégie iranienne présente toutefois certaines limites. Des routes alternatives pour l’exportation du pétrole existent déjà ou sont en cours de développement, ce qui pourrait réduire progressivement l’importance stratégique du détroit. À court terme, en revanche, cette démonstration de force permet au régime iranien de consolider son assise politique intérieure et son influence régionale en alimentant le récit d’une résistance victorieuse face à la puissance américaine.
Parallèlement aux tensions dans le Golfe persique, une fragilité croissante apparaît sur les marchés actions, même si elle reste peu visible à première vue. Depuis la fin mars, les grands indices boursiers évoluent dans un environnement de faible volatilité et continuent globalement de progresser. Le VIX, principal indicateur de la volatilité attendue sur le S&P 500 et qui sert à évaluer le niveau de nervosité des investisseurs, se situe d’ailleurs à proximité de ses plus bas niveaux historiques, traduisant une confiance apparente des investisseurs.
Donc en surface, au niveau de l’indice, tout va bien. Les investisseurs ne craignent pas de décrochage massif des cours. Ce qui est étonnant en revanche, c’est qu’au niveau individuel, au niveau de chaque action, la volatilité implicite mesurée (c’est-à-dire, la volatilité attendue par les investisseurs), elle, se situe à des niveaux très élevés. A tel point que l’écart entre la volatilité des composants de l’indice et la volatilité de l’indice se situe à un niveau inédit depuis 10 ans.
Cet indicateur, appelé « indice de dispersion », reflète d’importants mouvements de rotation sectorielle au sein du marché. Depuis la fin juin, les investisseurs réallouent leurs capitaux : les valeurs ayant porté la hausse depuis le début de l’année, en particulier les semi-conducteurs, marquent le pas, tandis que les secteurs de la consommation et de la santé enregistrent des performances plus favorables.

Source : Club de l’épargnant
Historiquement, ce type de configuration est rarement durable. Une forte hausse de la dispersion est souvent suivie d’une phase de « recorrélation » des actifs, qui peut s’accompagner d’une correction significative des marchés actions.
Cette semaine marque également le début de la saison de publication des résultats du deuxième trimestre. Mardi, plusieurs grandes institutions financières américaines ouvriront le bal, notamment JPMorgan Chase, Bank of America, Goldman Sachs, Citigroup, Wells Fargo et BlackRock.
Les attentes du marché demeurent particulièrement élevées. Selon les estimations de FactSet, les analystes anticipent une progression des bénéfices de 23,6 % sur un an, après une croissance de 28,8 % au premier trimestre. Il faudra toutefois attendre la fin du mois pour connaître les résultats des « Sept Magnifiques », qui continuent de jouer un rôle déterminant dans la dynamique des marchés actions américains.
Performance des marchés à la clôture du vendredi 10 juillet 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 10 juillet 2026
Ce qu’il faut en retenir
De même que la baisse du prix de l’énergie avait favorisé les indices actions européens, il y a 15 jours, la reprise haussière des prix du pétrole la semaine dernière a pesé sur les actions européennes dont la baisse reste toutefois limitée. La rotation sectorielle a marqué une pause au cours de la semaine écoulée avec une stabilisation du secteur des semi-conducteurs (+0,52%) mais une reprise des donneurs d’ordre dans l’IA (Magnicent seven + 2,11%). Le Kospi a toutefois nettement corrigé, sous l’effet de la chute de Samsung (-8%) qui a pourtant annoncé des résultats supérieurs de 6% aux attentes et SK Hynix (-10%) dont le certificat (ADR) a été coté vendredi pour la première fois aux Etats-Unis (demande sursouscrite 7 fois).
Comme nous l’avions déjà souligné les semaines passées, le marché Coréen souffre de la distribution massive de produits financiers à levier qui ont pour conséquence quand le marché se retourne d’obliger les banques à des ventes forcées de titres. Avec une baisse de 25% depuis son sommet du 22 juin dernier, le Kospi a basculé en marché baissier.
Nous notons également la forte remontée des taux d’intérêt. Le taux à 10 ans de l’obligation d’Etat américaine de référence a repris 8 centimes à 4.56%, tandis qu’en Europe, le 10 ans allemand progressait de 10 centimes à 3.03%. La hausse des prix de l’énergie est responsable de cette hausse des taux longs, les investisseurs anticipant un risque inflationniste plus élevé. La décision de la justice française de laisser concourir Marine Le Pen à l’élection présidentielle française d’avril 2027 a entrainé un léger mouvement d’écartement du spread Bund/OAT, celui-ci finissant la semaine à 80 bps.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 10 juillet 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
A 17, notre indicateur est resté stable sur la semaine (+1). Toutefois, sous la surface calme, des variations importantes …[lire la suite]
Que faire sur les marchés au 13 juillet 2026 ?
Les sources d’inquiétudes ne manquent pas sur les marchés actuellement. Entre la crainte d’une escalade militaire dans le Golfe Persique, les inquiétudes sur…[lire la suite]






