Flash marché

Cessez-le-feu ou capitulation américaine ?

Les investisseurs se réjouissent ce matin de l’annonce d’un cessez-le-feu pour 15 jours dans le golfe Persique. Les actions gagnent 5 % à l’ouverture en Europe, tandis que les marchés asiatiques ont progressé à la clôture entre 4 et 6%. L’espoir d’un accord qui avait soutenu les actions ces derniers jours a donc été confirmé à minuit par Donald Trump. Le président américain a saisi le prétexte du plan de paix en 10 points proposé par l’Iran via le Pakistan pour stopper les opérations militaires.

Il va toutefois falloir au président américain beaucoup de culot pour réussir à faire croire à l’opinion mondiale que cette intervention militaire est un succès. A la lecture du plan de paix proposé par l’Iran, on a bien du mal à trouver un seul point acceptable par les Etats-Unis :

  • Les États-Unis doivent s’engager à garantir, en principe, la non-agression

  • Le maintien du contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz

  • L’acceptation de l’enrichissement en uranium

  • La levée de toutes les sanctions initiales

  • La levée de toutes les sanctions secondaires

  • L’abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité

  • L’abrogation de toutes les résolutions du Conseil des gouverneurs

  • Le paiement de réparations à l’Iran

  • Le retrait des forces de combat américaines de la région

  • La cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre la résistance islamique au Liban

Pourtant, le président américain juge que ce plan est « une base de travail pour la négociation ».

En réalité, tout cela ressemble à du théâtre. Donald Trump, depuis des semaines, recherche une porte de sortie en urgence à ce conflit. Comme l’a révélé le New York Times, qui a publié une longue enquête sur le chemin des Etats-Unis vers la guerre, la décision d’entrer dans le conflit provient d’une opération d’intoxication israélienne avec la venue en secret de Benjamin Nétanyahou à la Maison Blanche le 11 février. Le premier ministre israélien et ses conseillers ont convaincu le président américain lors d’une réunion en salle de crises (la « Situation Room ») que le régime iranien, très affaibli depuis la « guerre de douze jours » en juin 2025, était mûr pour tomber. Le récent succès de la capture de Maduro et l’hubris naturel de Donald Trump ont fait le reste pour plonger l’Amérique dans le conflit.

Rapidement les dirigeants américains se sont rendus compte qu’à l’instar d’autres aventures militaires dans un passé récent, le seul bombardement aérien était insuffisant pour déstabiliser un régime qui tient depuis 47 ans et peut encore compter sur le soutien de plusieurs millions de partisans.

Quelques heures après son tweet de minuit, Donald Trump en a rajouté une couche dans l’emphase en parlant d’un grand jour pour la paix et de richesses à venir. L’Iran est même invité à commencer immédiatement le processus de reconstruction. Un jour après avoir menacé l’Iran de mettre un terme à sa civilisation, le changement de ton est vertigineux et ne laisse pas de rendre dubitatif sur la santé mentale du président américain.

Le sentiment ce matin est donc partagé. D’un côté, le monde est soulagé d’avoir évité de peu une dramatique escalade militaire mais de l’autre il est difficile de croire que les Etats-Unis et l’Iran vont réellement trouver un terrain d’entente sur la base du plan présenté. Même s’il crie victoire, Donald Trump va rapidement se retrouver confronté à la réalité d’un conflit où, loin d’avoir assuré le succès des armes américaines, le président américain a renforcé un régime qui sait maintenant qu’avec le contrôle du détroit d’Ormuz il dispose d’un levier extrêmement puissant pour assurer son influence.

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