Commentaire de marché
La semaine écoulée semble avoir planté le décor de cette rentrée boursière. D’un côté, Nvidia a publié des résultats records, confirmant que la frénésie d’investissement dans l’intelligence artificielle ne faiblit toujours pas. De l’autre, le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, a tenu à Jackson Hole un discours particulièrement ferme sur l’inflation. Le message envoyé aux investisseurs est finalement assez simple : le boom de l’IA se poursuit, mais il pourrait devoir composer avec des taux d’intérêt durablement plus élevés.
Revenons sur ces deux événements qui pourraient bien donner le ton de cette dernière partie de l’année.
Nvidia reste le thermomètre de l’IA
La publication des résultats de Nvidia est peut-être un peu moins fébrilement attendue qu’il y a encore quelques trimestres. Elle n’en reste pas moins l’un des grands rendez-vous de la communauté financière. Avec près de 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, Nvidia occupe en effet une position très particulière : l’entreprise est devenue l’un des meilleurs thermomètres de l’investissement mondial dans l’intelligence artificielle.
Pourquoi ?
Parce que Nvidia se trouve au cœur de l’infrastructure nécessaire au fonctionnement de l’IA. La société conçoit notamment les puissants processeurs graphiques — les fameux GPU — utilisés pour entraîner et faire fonctionner les grands modèles d’intelligence artificielle. Ses H100, H200 et désormais ses puces Blackwell équipent les gigantesques centres de données construits partout dans le monde. Mais l’avantage de Nvidia ne repose pas seulement sur ses puces. Il repose aussi sur CUDA, son environnement logiciel qui permet aux développeurs d’exploiter leur puissance de calcul. Au fil des années, cet écosystème est devenu un formidable avantage concurrentiel.
Nvidia se trouve ainsi au centre d’une immense chaîne de valeur. En amont, TSMC fabrique ses puces tandis que Micron, Samsung ou SK Hynix fournissent notamment les mémoires nécessaires à leur fonctionnement. En aval, les géants de la technologie et de l’intelligence artificielle investissent des dizaines de milliards de dollars dans des centres de données utilisant ces équipements. Observer les ventes de Nvidia permet donc indirectement de mesurer la vigueur de l’ensemble de l’écosystème IA.
96 milliards de dollars de chiffre d’affaires… en trois mois
À chaque publication, les investisseurs cherchent donc le même indice : le gigantesque cycle d’investissement dans l’IA commence-t-il enfin à ralentir ? La réponse apportée cette semaine par Nvidia est clairement : pas encore.
Malgré une légère baisse annoncée de sa marge, qui baissera provisoirement ce trimestre de 75% à 74 %, et un allongement des délais de paiement accordés à certains clients, les résultats restent impressionnants. Nvidia a réalisé 96 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur le trimestre, contre environ 92 milliards attendus par les analystes. Cela représente une progression de 106 % en seulement un an. Plus spectaculaire encore, la société a dégagé environ 60 milliards de dollars de bénéfices sur trois mois, contre 26 milliards un an auparavant. Et Nvidia ne semble toujours pas voir de ralentissement majeur à l’horizon. Sa directrice financière, Colette Kress, anticipe une croissance d’environ 70 % sur l’exercice 2028, qui commencera début février, alors que les analystes tablaient jusqu’ici sur une progression déjà considérable de 45 %.
Que faire d’une telle montagne de cash ?
À ce rythme, Nvidia pourrait générer environ 240 milliards de dollars de bénéfices sur une année. La question centrale pour Nvidia est: comment conserver son avance sur ses concurrents et sa place dans l’écosystème ? La capacité bénéficiaire de Nvidia est mobilisée dans cette optique avec pour projet de consolider l’écosystème qui alimente directement la demande pour ses propres produits.
Nvidia investit ainsi chez de grands acteurs de l’intelligence artificielle : 30 milliards de dollars chez OpenAI, 10 milliards chez Anthropic, 2 milliards dans SpaceX et potentiellement bientôt chez Perplexity. La société investit également dans les entreprises qui développent les outils et les modèles nécessaires à l’écosystème IA. C’est notamment le cas de Hugging Face, sorte de grande plateforme où développeurs et entreprises peuvent trouver, partager et utiliser des modèles d’intelligence artificielle, dont Nvidia prévoit le rachat pour 12,9 milliards de dollars. Même logique avec Poolside, qui développe des modèles d’IA spécialisés notamment dans la programmation. La stratégie est intelligente : Nvidia utilise les profits tirés du boom de l’IA pour financer l’écosystème qui, demain, aura lui-même besoin de toujours davantage de puissance de calcul Nvidia.
Les marchés ont en tout cas apprécié la publication. Le Nasdaq a gagné 1,63 % sur la semaine, surperformant nettement le S&P 500, en hausse de 0,77 %.
Kevin Warsh change de ton
Si Nvidia a rassuré les investisseurs sur la croissance, l’autre grande inconnue des marchés reste celle des taux d’intérêt. Sur ce front, le discours prononcé à Jackson Hole par le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, était particulièrement attendu. Après quelques interrogations apparues cet été sur sa détermination réelle à combattre l’inflation, Kevin Warsh a voulu envoyer un message sans ambiguïté. L’inflation américaine reste trop élevée depuis trop longtemps et la priorité de la Fed demeure son retour vers l’objectif de 2 %. Deuxième message important : selon lui, les conditions financières actuelles ne sont pas véritablement restrictives. Autrement dit, le niveau actuel des taux d’intérêt ne freine pas suffisamment l’économie pour garantir un retour rapide de l’inflation vers 2 %. Et l’outil privilégié pour y parvenir reste évidemment le taux directeur de la Réserve fédérale. Les investisseurs ont parfaitement compris le message. La probabilité anticipée d’une nouvelle hausse des taux de la Fed est passée d’environ 40 % il y a une semaine à 60 % aujourd’hui.
Pourquoi les taux à 10 ans ont-ils baissé ?
La réaction du marché obligataire pourrait, à première vue, sembler paradoxale. Alors que Kevin Warsh évoque la possibilité d’une politique monétaire plus restrictive, le taux américain à 2 ans a progressé de 11 points de base, tandis que le taux à 10 ans a, lui, reculé de 2 points de base. Il n’y a pourtant rien d’incohérent. Le taux à 2 ans est très sensible aux décisions de politique monétaire attendues dans les prochains mois. Si les investisseurs anticipent davantage de hausses de taux de la Fed, il est donc logique qu’il augmente. Le taux à 10 ans fonctionne avec une autre logique Il reflète davantage les anticipations de croissance et d’inflation sur longue période ainsi que la prime de risque exigée par les investisseurs. En se montrant déterminé à combattre l’inflation aujourd’hui, Kevin Warsh renforce donc la crédibilité de la Fed : des taux courts plus élevés maintenant peuvent permettre d’éviter une inflation durablement élevée demain. C’est précisément ce que semble avoir retenu le marché.
L’IA pourrait-elle elle-même pousser les taux à la hausse ?
Kevin Warsh a enfin développé à Jackson Hole une explication de la hausse des taux longs. Pendant les années 2010, le monde semblait disposer de beaucoup d’épargne pour relativement peu de projets d’investissement. Cette abondance de capitaux avait contribué à maintenir les taux d’intérêt extrêmement bas. Selon Warsh, nous serions désormais entrés dans un environnement radicalement différent.
La révolution de l’intelligence artificielle nécessite la construction de centres de données, de réseaux électriques, d’usines de semi-conducteurs et d’infrastructures représentant des centaines de milliards de dollars d’investissements. Or le capital n’est pas disponible en quantité illimitée.
Plus les entreprises et les États cherchent à emprunter pour financer leurs investissements, plus ils doivent se faire concurrence pour attirer l’épargne disponible. Et cette concurrence peut conduire à une hausse du « prix » de l’argent, c’est-à-dire des taux d’intérêt.
Cette semaine : place à la BCE
Les taux resteront justement au centre de l’attention cette semaine avec la réunion de la Banque centrale européenne jeudi, une semaine avant celle de la Fed. Une hausse de 25 points de base reste possible.
La publication de l’inflation en zone euro, prévue demain à 11 heures, sera donc particulièrement importante. Le consensus des économistes table sur une inflation annuelle de 3,2 %, contre 2,9 % en juillet. Cette remontée reste notamment alimentée par les prix de l’énergie. La reprise des échanges de tirs entre l’Iran et les États-Unis fait à nouveau monter le pétrole, avec un Brent qui se rapproche ce matin des 90 dollars le baril.
Après une semaine dominée par Nvidia et la Fed, le même débat devrait donc continuer d’animer les marchés : jusqu’où l’investissement peut-il continuer d’accélérer dans un monde où le coût du capital redevient durablement élevé ?
Performance des marchés à la clôture du vendredi 28 août 2026

Performances dividendes nets réinvestis arrêtées au 28 août 2026
Ce qu’il faut en retenir
Les bons résultats de Nvidia (cf éditorial) ont porté les valeurs technologiques la semaine dernière, permettant aux actions américaines de surperformer les indices européens. Le Cac 40 toujours pénalisé par la faiblesse de son exposition à ce secteur ferme la marche des indices européens (-1%). L’écart de performance sur l’année du Cac 40 (+5,1%) avec l’Euro Stoxx 50 (+14%) devient conséquent. Encore une fois l’absence de champions de la technologie en France, comme Infinéon (+51%) et ASML (+60%) dans un contexte de repli des valeurs du luxe (LVMH -29%) coûte cher à l’indice parisien.
Du coté des matières premières, beaucoup de mouvements, avec à la hausse, le prix des produits agricoles avec la Cacao (+12%) et surtout le blé (+5%) et le maïs (+3%). La sécheresse en Europe, les menaces sur la production ukrainienne et l’impact d’ El Niño tendent les marchés mondiaux des denrées alimentaires. L’or, de son côté, se repli à la suite de la prise de parole de Kevin Warsh à Jackson Hole qui rassure les investisseurs quant à la volonté de la banque centrale américaine de lutter efficacement contre la dérive monétaire.
Les taux longs se stabilisent aux Etats-Unis mais poursuivent leur remontée en Europe. L’OAT française affiche un plus haut annuel à 4,13%. L’écart de taux avec l’Allemagne continue de progresser régulièrement à 85 bps. La campagne électorale qui débute, ainsi que le débat budgétaire 2027 ne sont pas de bons augures pour l’évolution des taux français.
La Dynamique des marchés actions
Le baromètre renard du 28 août 2026
Le baromètre des marchés est un indicateur composite intégrant des données historiques de différents marchés financiers. Il a pour objet de caractériser l’environnement des marchés actions américains et européens.
Notre baromètre s’est replié assez significativement, la semaine dernière, de 4 points à 15,07. Le risque taux et change a en effet connu une baisse significative à l’issue …[lire la suite]
Que faire sur les marchés au 31 août 2026 ?
Malgré les tensions sur les taux et les matières premières, les indices actions continuent à afficher une incroyable résilience. Les indices américains et européens restent…[lire la suite]






